Mardi 3 juillet 2007
Le monospace noir ainsi que deux motards en tenue civil nous attendait devant les escaliers de la clinique. Nous continuâmes une discussion à côté du véhicule à propos de ce rendez-vous. Sendersse et Ferrant qui prenaient le temps de me rassurer en m’expliquant bien ce qu’ils attendaient de l’entrevue, avaient pris les choses en main. Le lieutenant Hermaï légèrement en retrait avait du mal à cacher son irritation. Elle tripotait nerveusement son téléphone portable et aurait bien voulu réintégrer le groupe mais cela ne faisait pas partie des priorités de nos deux nouveaux amis. On aurait même pu comprendre le contraire. Ils lui adressaient rarement la parole et n’avaient comme centre d’intérêt que ma personne. J’en étais flatté et cela me remis du baume au cœur. Enfin on nous prenait pour ce que nous étions !
« - putain mais qu’est ce qu’il fout ce con ! Lança Ferrant agacé d’attendre
-         il arrive… lui répondit son collègue chauve très calmement.
Il se tourna vers moi et me dit en souriant :
-         Gabriel, votre libération n’est plus qu’une question d’heure. Vous avez déjà perdu beaucoup trop de temps, tout va rentrer dans l’ordre.
-         C’est vrai ? pour ne rien vous cacher, le séjour commençait à être long. Mais je vous en prie vous pouvez me tutoyer. Lui dis-je tellement il m’était sympathique.
-         Non je vous respecte trop, je reste à ma place et vous… »
Il inclina légèrement la tête en avant et on entendit :
« Bientôt serez à la votre »
J’avais été le seul à remarquer qu’il n’avait pas prononcé ces mots, ses lèvres n’avaient pas bougé. C’était d’ailleurs ce qui avait expliqué la discrétion de son geste. Il rouvrit ses yeux d’un bleu transperçant et me fît comme une sorte de demi clin d’œil.
« Vous nous êtes très agréable, votre dévotion nous touche, vous êtes un bon serviteur » pensais-je sans réfléchir… naturellement.
Azvout descendit les grands escaliers une sacoche à la main. Après s’être excusé, il enfila une veste, s’engouffra dans la voiture et nous le suivîmes.
Le voyage dura aux alentours de deux bonnes heures. Ce type de grand véhicule s’avéra très confortable. Une conversation confrontant Azvout et Ferrant nous occupa une bonne partie du chemin. Ils n’étaient pas mais absolument pas d’accord sur un thème de psychiatrie qui aurait pu probablement désintéresser un étudiant en la matière tellement ça avait l’air complexe. Certains mots étaient récurrents, délires psychotiques, inconscient personnel, inconscient collectif… Mots dont on imaginait facilement le sens mais qui replacés dans ce match chaotique relevait plus du combat d’orgueil que d’un centre d’intérêt commun. Ces termes devenaient aussi obscurs que la discussion qui n’était qu’un amoncellement de détritus scientifiques.
Au bout d’un certain temps, se lassant ou se rendant compte de la lassitude générée autour d’eux, les deux faux frères se tuent. Ce calme fût un véritable ravissement. Après un court instant, Ferrant qui était juste devant moi se retourna et d’une manière identique, sans ouvrir la bouche fit entendre le son de sa voix :
«  - nous sommes bientôt arrivés. La rencontre va avoir enfin avoir lieu »
Son sourire d’acteur américain conclu cette phrase, il reprit sa position initiale. Ces étranges interventions continuaient de me surprendre mais il n’y avait plus d’inquiétudes de ma part, c’était ainsi…
Ce face à face, nous l’attendions !
Je percevais bien plus qu’une simple confrontation avec Delespinois. Cette échéance était programmée. Par qui, par quoi, je n’en avais aucune idée mais ce dont j’étais sur, était qu’il allait se passer un évènement majeur.
par Hessman
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Mercredi 4 juillet 2007
Les deux motards qui nous escortaient s’arrêtèrent à l’entrée de ce qui allait se révéler être une véritable base militaire. Nous fûmes contrôlés individuellement à deux reprises et avant que nous puissions quitter le véhicule et marcher jusqu'à notre rendez-vous, plusieurs militaires inspectèrent le monospace de façon méticuleuse. Il régnait une atmosphère froide et tendue. On pouvait aisément imaginer le genre de prisonnier qui avait droit à ce traitement de faveur. Les dossiers les plus délicats comme probablement les mafieux, tout ce qui devait tourner autour des secrets d’état, de la politique internationale et bien sûr les terroristes. Mais je pense que l’activité de cette base ne se limitait pas à la détention mais cela ne m’importait peu. Avant cette journée je n’avais jamais imaginé qu’il y avait dans mon pays des endroits comme celui là. Je pensais naïvement que cela n’existait qu’à la télévision ou à l’étranger. Le camp de détention se situait à l’écart de tout, dans une zone bien isolée. Il était immense et se composait de plusieurs bâtiments de petites tailles et d’un énorme au centre. Le bâtiment principal était absolument horrible. De l’extérieur il se résumait à quatre murs gigantesques sans fenêtre d’un gris clair me rappelant des images de prisons de l’est. Nous avions pour nous le temps qu’il faisait ce jour là. Ce ciel bleu sans l’ombre d’un nuage rendait probablement l’ambiance moins austère qu’à l’accoutumer. Nous nous dirigeâmes vers l’entrée principale, beaucoup de monde circulait : des personnes en tenue civile et d’autre avec différentes tenues militaires. On nous avait remis des badges personnalisés dès le premier franchissement de point de contrôle. Il devait être de circonstance de garder un silence olympien. Pendant les trajets à pied dans le camp, aucun d’entre nous ne parlait et les gens que l’on croisait étaient eux aussi très discrets. Des cameras étaient visibles à peu près tous les dix mètres. Le bruit de leur mécanisme d’automatisation bien qu’infime me parvenait. J’en entendais même beaucoup, elles étaient en perpétuelle mouvement ou du moins ne restaient immobiles que très rarement. Ferrant vint à ma hauteur en souriant et me dit d’un ton amusé :
«  - vous entendez le chant des cigales…
Il marqua un silence et reprit :
-         tendez l’oreille, vous entendrez celui des fourmis. »
Il me fît un signe de la tête me montrant un bâtiment devant lequel on passa. Je le regardai avec plus d’attention et avec un léger effort de concentration entendit des voix à l’intérieur. Mon bras fût tiré en arrière, c’était Hermaï qui voulait me parler :
«  - peu de civil viennent ici, je vous demanderez de ne pas en parler à l’avenir. Cette zone est particulière et les détenus ne le sont pas moins.
J’en profitai pour lui demander :
-         mais justement qui sont les détenus ?
-         moins on en sait mieux on se porte Gabriel.
J’avais vraiment l’impression qu’elle me parlait comme une institutrice parle à un enfant.
« Va te faire enculer grosse pute, je pisse sur ta face de rat ! » pensais-je furtivement.
Son visage fît une grimace, elle dut certainement remarquer que sa réponse ne m’avait pas beaucoup plus.
Plusieurs militaires vinrent avec de petits appareils en main. Le premier homme passa sa machine à infrarouge sur le badge de Sendersse. Après avoir jeté un coup d’œil rapide sur le résultat dis :
«  - mes respects mon commandant ! »
Un autre homme effectua le même geste sur celui de Ferrant :
« Mes respects mon capitaine ! »
Les soldats continuèrent leur contrôle. J’appris qu’Azvout en plus d’être médecin avait également le grade de capitaine. Je fus le dernier. Le « bonjour monsieur » auquel j’eu droit me laissa un goût amer. Cela me rappela ma condition de simple civil au milieu de cette situation singulière. Sendersse le remarqua tout de suite et me dit :
«  Vous êtes le seul héros parmi nous. Sans vous, aujourd’hui serait un jour sans importance. » Il me fît un de ses demi clin d’œil dont il avait le secret et nous reprîmes notre chemin.
Nous eûmes droit à plusieurs portiques de sécurité. Décidément ils n’avaient pas fait les choses à moitié. Les dispositifs de surveillance et de sécurité étaient remarquables, ils paraissaient très sophistiqués.
Nous étions enfin à l’intérieur de la forteresse. Cela ressemblait à une prison futuriste. A peu près toutes les cinq minutes après avoir arpenté de longs couloirs, nous franchissions des portes qui nécessitaient des codes. Deux gardes armés nous avaient rejoins, ils s’occupaient de nous mener à notre destination. L’atmosphère était devenu ultra pesante ! Je percevais une concentration intense de la part de Ferrant et de Sendersse. Azvout et Hermaï comme moi se laissaient guidés. La marche à travers ces lieux inconnus dura un bon quart d’heure. Au bout d’un autre grand couloir juste derrière une porte vitrée, j’aperçu deux soldats qui montaient la garde. Nous arrivions à notre objectif.
Les deux gardes qui nous accompagnaient venaient en fait prendre la relève. Les quatre hommes échangèrent quelques phrases qui ne retinrent pas mon attention. J’étais impressionné par le spectacle : dans une grande salle toute blanche et très bien éclairée il y avait une table et derrière cette table une porte métallique. Jean-Alexandre Delespinois était là ! Je ne pouvais pas le voir mais je ressentais sa présence et cela me procurait un immense bien être. Je ressentais encore plus intensément cette sensation que j’avais déjà eue quand nous nous étions croisés dans ce rêve délirant dans l’aéroport. Il avait été la seule source de vie et de réconfort dans ce lieu déshumanisé. Et cette fois encore, lui seul n’avait d’importance…
J’entendis la porte vitrée se refermer. Les deux soldats relevés venaient de repartir. Sendersse murmura à l’oreille d’un des gardes. Celui-ci sortit de son étui un revolver et lui tendit. Hermaï intrigué lui demanda :
«  - êtes vous sur de ne pas trop en faire, il est seul et nous sommes cinq. Si nous voulons avoir un temps soit peu sa confiance il faudra à mon sens éviter ce genre de démonstration.
- de quelle confiance parlez-vous, il n’a pas prononcé un seul mot depuis son arrivée ! »
Sendersse tourna l’arme et présenta la crosse à Hermaï. Soupirant, elle ne cacha pas son agacement. Elle tendit la main et empoigna le revolver. A l’instant où l’arme fût en contact avec les deux paumes, d’un geste rapide, Sendersse mit son autre main sur celle du lieutenant, tourna la prise et tira. La balle alla se loger en plein dans le crane d’Azvout qui tomba raide au sol laissant une longue giclé de sang sur le mur. Lâchant prise, Hermaï se retrouva terrorisée avec l’arme à la main. Avant qu’elle ne pu émettre un quelconque hurlement face à ce carnage, Ferrant lui envoya un coup de poing extrêmement rapide et violent à la gorge. Je pus entendre distinctement le bruit de l’os se rompre. Elle tomba les deux mains à la hauteur de son coup. La scène se déroula si vite que je n’eu le temps de réaliser. Quelques secondes plus tard, au moment où je commençai de ressentir l’effroi causé par l’évènement, la voix de Delespinois retentit en moi :
« N’ai crainte, tout cela était prévu et nous le savions, nous le savions… »
La peur et l’excitation disparurent instantanément.
La scène qui suivit fut autant extraordinaire qu’épouvantable : après de longs et gros râlements, Jessica Hermaï s’éteignit dans d’horribles sifflements. Du sang sorti de sa bouche coulait sur le sol carrelé. Un des deux soldats resta immobile tendis que l’autre alla ouvrir la porte en métal qui cachait Delespinois. Il se tenait debout derrière celle-ci. J’avais l’impression qu’il me contemplait avant même que la porte fût ouverte. Je ressentais sa joie et son impatience au plus profond de moi…
Nous nous retrouvions !
par Hessman
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Jeudi 5 juillet 2007
Il était splendide. Ces longs cheveux blonds cachaient une partie de ce visage aux traits d’ange. Il était revêtu d’une combinaison de prisonnier en tissu noir avec un numéro au niveau de la poitrine. Il baissa la tête en mettant un genou à terre et prononça dans une sorte de langue surnaturelle des mots ou plutôt des sons. Cela ressemblait à des murmures perdus dans un écho lointain, comme des pleures marmonnées dont le volume sonore restait mystérieusement fort. J’avais l’impression qu’il me rendait hommage. Tout le monde avait pris cette position, le genou au sol la tête baissée dans ma direction. Les quatre hommes restaient à terre, perdu dans leur songe, leur prière. Inexplicablement je perçu que laisser durer représenterait un danger. Je commençais de comprendre : ils attendaient que je prenne le contrôle, du moins que je leur insuffle l’énergie, l’impulsion…
Delespinois récitait inlassablement ces marmonnements étranges. Ces corps ensanglantés et ces hommes prosternés, la situation se figeait, il fallait agir.
« Oui ! Cela doit venir de moi. Mais… » Pensais-je,
Je fermai les yeux et me laissai emporter.
Je fis le vide autour de moi, seul ces sons existaient encore, ils m’aidaient à trouver le chemin au travers du marasme de ma conscience. Je devais m’éloigner de ce que mes sens percevaient, je devais soustraire la réalité à mon être, seul mon être avait de l’importance. Comme dans mes rêves il fallait que je devienne une source.
«  Il fallait que je redevienne partie intégrante de la source, il fallait que je devienne la source, je t’implore source, je t’appartiens, ma furie se libérera pour toi, je redeviendrai ton serviteur… » Je sombrai dans une sorte de transe incantatoire, je n’étais plus qu’une existence au milieu d’un vide, j’étais une existence au milieu du vide et ce vide allait être miens !
Subitement venant du plus profond de mon âme, l’éclair surgit !
Je refis surface au travers d’une pulsion violente, mes yeux s’écarquillèrent jusqu’à leur limite, ma bouche s’ouvrit et lâcha un souffle libérateur. L’ensemble de mes sens se transformèrent et devinrent surexcités : ma vision avait changé, les couleurs étaient bien plus vives, les sons beaucoup plus distincts. Je ressentais une incroyable puissance et une fantastique clairvoyance. Ma pensée était nourrie d’informations supplémentaires par intermittence sous forme de flashs ultra rapides.
Le temps nous était compté, il fallait agie et vite :
 « Voilà ! » criais-je d’une voix très grave.
Les jambes fléchies, les bras positionnés devant moi comme si j’avais dû porter une personne, une sphère magnétique bleutée se créa lentement, après avoir atteint une certaine taille, elle implosa puis explosa en une onde de choc qui n’eut d’effet que sur les quatre hommes présents vivants. Leur corps parut se dématérialiser pendant un instant infime, sans doute imperceptible à l’œil humain et laissa entrevoir quatre créatures n’appartenant pas à la race humaine. Je ne pus distinguer parfaitement leur visage orienté vers le sol mais certains détails sublimes de leur corps s’étaient révélés : le plus fin de tous avait une silhouette très féline et arborait de longues ailes pointues. Deux autres immenses, ressemblaient à des colosses dont la carcasse cuivrée laissait imaginer une montagne de muscles. Le quatrième dont la taille humaine était proche de celle que j’entraperçue brièvement, avait toutes les extrémités de son corps sombre en forme de lame. Il ressemblait à un gladiateur en armure. Je n’eu le temps de faire correspondre dans mon esprit ces personnes que je croyais pour certain connaître avec ces différentes créatures.
par Hessman
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Vendredi 6 juillet 2007
Je ne réalisais plus vraiment ce qui se passait, plus rien ne me touchait. Après avoir provoqué cet événement extraordinaire, une fatigue soudaine me vida de toute mon énergie. Je venais de me servir de forces qui m’avaient beaucoup coûtées.
Les quatre hommes se relevèrent. Je remarquai que Delespinois et son voisin qui était dans mon champ de vision avaient les yeux fermés et serraient les poings comme pour contenir une colère, ou plutôt une énergie.
Rouvrant les yeux, il me sourit et dis :
«  - je te remercie Gabriel, la clarté viendra prochainement à toi »
Etant encore à la limite de l’épuisement, je ne répondis pas. Delespinois le remarqua et rajouta :
«  - tu vas récupérer assez vite et tu redeviendras un des serviteurs de la source… »
Il se lança à terre sur le corps du Docteur Azvout. A quatre pattes sur le cadavre, il reprit des incantations, son visage face à celui du mort. Sur chacun des deux visages apparut une lueur scintillante. Les traits de ces derniers parurent fondre pour devenir une surface lisse. Progressivement ils se reformèrent pour retrouver une forme humaine. Un phénomène incroyable venait de se produire : le cadavre d’Azvout avait maintenant le visage de Delespinois avec un trou de balle dans le crane identique. Je lançais un regard vers Jean-Alexandre pour constater que lui aussi avait changé d’apparence. Des grimaces l’aidaient à reprendre contact avec sa nouvelle figure. Il s’empressa d’enlever sa combinaison de détenue et cria :
« Allé ! Allé ! »
Ferrant et Sendersse se précipitèrent vers le cadavre d’anciennement Azvout et commencèrent de lui enlever ses vêtements. Les deux soldats reprirent leur position de garde. Je remarquai qu’en arrivant, ils ne laissèrent rien transparaître, ils jouaient la comédie du calme et de la sérénité.
 « Bien évidemment !  Les caméras» pensais-je
Je compris en inspectant les lieux que c’était une des rares salles sans cameras. Leur plan d’action avait été parfaitement étudié.
Nouvellement Azvout, anciennement Delespinois finît de s’habiller. Il contrôla le moindre détail du regard puis dis à Sendersse :
« Vas-y, dépêches toi ! »
Sendersse se tourna vers Ferrant et l’attrapa à la gorge. Ses deux mains se mirent à serrer de plus en plus fort. Je voyais les yeux du pauvre se révulser tellement le manque d’air et la douleur devaient être insoutenable.
Après quelques instants il le lâcha, l’homme tomba et resta au sol. Son agresseur lui plaça deux doigts vers le coup pour lui prendre son pouls :
« C’est bon, attendez ! Si c’est bon. »
Delespinois leva la main en direction des gardes. Une puissante alarme retentit…
 
 
 
par Hessman
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Samedi 7 juillet 2007
Après des heures passées sur place, nous quittions enfin la base militaire. Nous avions eu à raconter dans le moindre détail une version fausse des faits et ce à plusieurs reprises et à plusieurs personnes. Ce massacre savamment orchestré avait permis à ce groupe, à mon groupe d’arriver à ses fins. Nous laissions derrière nous deux cadavres et un blessé. Je n’avais même pas eu à apprendre quoi que ce soit concernant cette mise en scène. La voix de Delespinois résonnait en moi et m’avait dicté le nécessaire. Nous étions en parfaite connexion mentale :
« Après avoir ouvert la porte, il s’est avancé calmement sans dire un mot. Je ne sais pas, il y avait une atmosphère calme et paisible, je crois que personne ne s’attendait à ça. Ce dingue, Delespinois a attrapé subitement le capitaine Ferrant et a commencé de l’étrangler. Sendersse et un des gardes ont essayé de le neutraliser mais il faisait preuve d’une détermination et d’une force extraordinaire, il était devenu une vraie bête. Je me suis réfugié avec le Docteur dans un coin de la salle. Le lieutenant Hermaï a réussi à le stopper net en lui mettant le pistolet sur la tempe, heureusement qu’elle avait demandé à un des soldats de lui prêter son arme, autrement ça aurait probablement été pire !
Il a lâché instantanément le capitaine, moi je croyais qu’il était mort. Tout le monde s’est écarté du fou furieux… » Je m’interrompis et éclata en sanglot. Je pense que si les larmes avaient un goût différent selon l’émotion, celles-la auraient été sucrés, des larmes de jubilation, de jouissance. Cette comédie me procurait du plaisir. J’étais le père de famille racontant des histoires invraisemblables le soir à ses petits bambins.
« Et, et Hermaï, la pauvre… Elle n’a pas vu le coup venir. Elle aurait peut être dû s’écarter je ne sais pas… Il lui a envoyé un grand coup de poing, le bruit a été horrible ! » M’effondrant à nouveau, je me préparais à mettre les derniers coups de pédales, j’allais sprinter et remporter l’étape.
« Je me souviendrai à jamais de son visage…quelle horreur…c’était une sacrée femme, elle est restée debout et a trouvé la force nécessaire pour le neutraliser à jamais. Il y aurait pu y avoir d’autres morts, j’en suis sûr. »
Voilà, la ligne était passée, j’étais sur le podium.
Je répétai ces conneries quatre ou cinq fois. Au fur et à mesure je me permettais quelques détails croustillants supplémentaires, un vrai romancier. Dès que des questions me gênaient je pleurais à nouveau et les réponses me venaient, merci mon ami…
Ferrant ayant été emmené à l’hôpital, nous nous retrouvâmes dans notre véhicule. Notre escorte de motards avait repris du service. Sendersse conduisait. Sur le siège passager le nouvel Azvout ne semblait pas plus touché que ça de revoir le monde extérieur. J’étais seul à l’arrière du véhicule, tel un ministre.
« - où allons-nous maintenant ? » demandais-je
« - tu ne te souviens pas Gabriel, à la rencontre de notre destinée… »
Nous nous mîmes à rire ensemble, comme des frères…
 
 
par Hessman
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Mardi 10 juillet 2007
Arrivé devant l’entrée du centre psychiatrique d’Azvout, les deux motards nous quittèrent. Une fois qu’ils furent hors de vue, Sendersse fît demi-tour et nous partîmes.
L’ambiance dans le véhicule était incroyable : personne ne disait mot, il y avait autant de bruit que dans un désert. Une conversation aurait été de la plus grande des vulgarités. Nous étions ensemble et cela était déjà la plus merveilleuse des conversations.
Je découvrais en leur compagnie une autre manière d’être. Sans savoir quoi que ce soit concernant leur histoire et les raisons de notre histoire commune, je ressentais nos liens et ils étaient profonds et forts, surtout avec Delespinois. J’avais le sentiment de ne jamais avoir été aussi pur. Seul ce que nous réalisions avait de l’importance et j’étais une pièce maîtresse dans cet échiquier.
Nous avons roulé pendant trois jours sans jamais nous arrêter. Beaucoup de paysages défilèrent, beaucoup de regards se croisèrent, la machine était en marche.
Je me souviens que nous avions traversé plusieurs frontières sans aucunes difficultés. De toute façon s’il y avait eu des complications, des mesures de simplification auraient été exécutées rapidement. Personne ne pouvait nous arrêter, ça aurait été une grave erreur.
Fermant les yeux de temps en temps, j’entendais le bruit de ce volcan gronder en moi, j’arrivais même à l’imaginer, à le visualiser. Ce noyau de magma après un long sommeil se réveillait. Son ascension était encore lente, il prenait forme, je le sentais proche, proche de mon âme. Sa résurrection, sa résurgence était vitale, j’en étais conscient.
Delespinois savait que je communiais avec cette force et il en était heureux, il en était même fier.
En pleine nuit noire, après avoir traversé un village à vive allure, nous prîmes une route sinueuse.
« Bonjour maman, bonjour ma chérie. » pensais-je
Une série de virages accomplis, nous croisâmes une femme tenant par la main sa petite fille. La fin de ce voyage se rapprochait, cette route en forme de serpent allait nous amener jusqu’à notre destination. Les phares de la voiture qui ne cessaient de changer de direction étaient comme fou, ils présentaient un défilé d’arbustes, d’arbres et de végétations divers, je nous croyais en pleine forêt.
Des gens apparurent dans ce faisceau de lumière. La fréquence d’apparition se fît de plus en plus importante. Ces personnes savaient que l’on venait, ces personnes nous attendaient. Je n’étais pas un inconnu pour eux, quel bien être…
Je vis se dessiner au loin l’ombre d’une battisse. La lune dans ce ciel clair lui donnait des reflets lumineux. Plus on se rapprochait, plus l’édifice paraissait grandir et plus je pouvais distinguer ses formes. Elle avait l’allure impériale et guerrière de certaines cathédrales mais sans avoir la déraison de vouloir toucher le ciel. Un immense jardin l’entourait. Il n’y avait pas un seul arbre, pas un seul buisson sur cette grande étendue, était-ce seulement un jardin ?
Cela contrastait totalement avec le paysage aux alentours. Une grille très haute se chargeait de séparer clairement les deux mondes. L’immense battisse voulais garder son secret ou du moins sa discrétion.
Nous arrivâmes à la hauteur d’un portail fermé, personne ne vint nous ouvrir. Faisant un tour d’horizon, je ne voyais plus âmes qui vivent. Sendersse sans éteindre le moteur descendit du véhicule et alla jusqu’à l’entrée. S’y reprenant à plusieurs fois, il ouvrit enfin complètement les deux parties de la grande grille. Il vint se réinstaller dans le véhicule, passa la première vitesse et accéléra délicatement. Juste après avoir franchi ce portail, Delespinois prononça des mots dans ce dialecte que je ne comprenais toujours pas. Entendre ce langage délicatement prononcé était un véritable ravissement.
A la fin de ce qui pouvait ressembler à une incantation, la voiture était arrivée devant ce… à cette question Delespinois avait répondu :
« Palais, Gabriel. »
L’énorme bâtisse gothique dégageait une impression de puissance universelle, son architecture était impressionnante. Beaucoup de symboles étaient sculptés sur les parois, des visages humains, des visages n’appartenant pas à notre monde, des représentations de bêtes, des écritures. Certaines géométries devaient avoir un sens et des raisons d’être gravées sur ces murs. Tout était art mais rien n’était laissé au hasard. La plupart des extrémités ressemblaient à des pointes dirigées vers le ciel. Une porte d’environ cinq mètres était entourée de part et d’autre de deux grosses sculptures de demi-sphère. L’une ayant la surface plate au dessus et l’autre en dessous. Me voyant admirer ces magnifiques monuments de pierre, Sendersse dit :
« L’équilibre. Ca nous rappèle pour quoi nous nous battons. Un jour… »
Delespinois lui coupa la parole :
« Il est trop tôt Kourâne, c’est inutile. »
Le véritable nom de Mr Sendersse était donc Kourâne, quel nom extraordinaire !
Ma curiosité m’aurait poussé en temps normal à espérer la suite, mais je sentais que cela n’était pas opportun et que les choses allaient naturellement s’éclaircirent. Je ré admirai à nouveau ce palais surréaliste
« Les architectes qui l’ont construit ont eu une inspiration divine ! » dis-je d’un ton émerveillé.
A cette phrase mes deux compagnons répondirent par un sourire.
Une fois le véhicule à l’arrêt, j’aperçu dans le rétro, au loin, un groupe d’inconnus franchir le portail. Ils marchaient calmement dans la nuit et se dirigeaient vers nous. Un autre groupe fît son apparition, puis un autre et un autre.
Des dizaines de gens se rapprochaient du palais. D’autres continuaient d’affluer. Il y avait maintenant une bonne centaine de personnes arrivée de nul part et le flux entrant ne cessait.
Nous sortîmes du véhicule et regardâmes dans leur direction. L’immense pelouse était alors recouverte d’inconnus tous plus différents les uns que les autres. Des hommes et des femmes de toutes races, des personnes âgées, des enfants. J’aperçus aussi des gens en tenue de travail, des hommes en costumes, plusieurs policiers, des ouvriers et bien d’autres encore. Je fus étonné de découvrir des religieux et des religieuses de toutes confessions marchant dans notre direction. Maintenant plus d’un millier de gens était rentrés sur le domaine. La foule qui s’était créée lentement devenait extrêmement impressionnante.
Seuls les bruits d’une légère brise secouant les feuilles des arbres au loin et les pas foulant le sol venaient rompre ce silence impérial.
Les personnes les plus avancées avaient stoppé net leur marche à quelques mètres de nous, les autres s’entassaient derrière eux au fur et à mesure. Aucune expression ne transparaissait sur ces nombreux visages. Je me sentais épié. Tous ces yeux me fixant comme des fusils cherchant leur cible, me mirent soudainement mal à l’aise.
Que me voulaient-ils ? Que me voulait-on ?
« T’admirer, te servir, t’aimer… » Me dis tranquillement Delespinois. Il rajouta avec la même sérénité :
« Nous sommes tous ici pour toi et rien que pour toi Gabriel. La route a été longue, le temps de la Bachoa arrive à son terme. »
Il leva les bras au ciel, prit une grande inspiration et lâcha des mots qui parurent ne jamais s’éteindre. Chaque son, chaque syllabe résonnait comme un rugissement étouffé. Nous étions tous comme transporté. D’autre aurait probablement dit envoûté mais ce miel partagé avec chaque personne, avec chacun d’entre eux, avec chacun d’entre nous n’était que pur bonheur. La main de Jean-Alexandre se posa délicatement sur mon épaule.
« Gabriel, tu es des leurs et tu l’as toujours été. Toutes ces personnes sont ta famille. Ce que tu as vécu jusqu'à maintenant n’a plus d’importance. Ta véritable existence va commencer ici. Tu vas naître ou plutôt tu vas renaître parmi les tiens. »
 
par Hessman
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Jeudi 12 juillet 2007
Sur le moment je ne comprenais pas le sens de ce qu’il me racontait mais l’écho de ses phrases au plus profond de moi m’enthousiasmait. Je n’éprouvais pas le besoin de poser de questions. Je commençais à lire l’émotion en lui, il reprit :
« - je t’avais dis que tu avais une dette envers moi, te souviens-tu ? 
Il connaissait la réponse, je lui dis ce qu’il voulut entendre.
-         bien sur, j’avais malheureusement anéantie tes amis, je te demande encore pardon…
-         non, non, Gabriel ne soit pas désolé, la Bachoa demande de nombreux sacrifices avant de se rendre dans le sanctuaire.
-         Mais seul tes amis sont morts, je n’ai absolument pas été à la hauteur. Ma part du contrat s’est avérée être un échec.
Un sentiment de honte me traversa. J’avais durant tout ce temps négligé ou peut être enfouis par peur ces souvenirs. Jean-Alexandre exerça une légère pression de la main sur mon épaule et dit :
-         détrompes toi, tu as été magnifique. Et dire que dans ce monde, certains pensent que la perfection n’existe pas. Ils sont bien misérables. Tu as été parfait !
Fronçant les sourcils afin d’exprimer ma surprise et mon interrogation, il rajouta :
-         Gabriel, tu as été parfait.
-         Mais je ne comprends pas
-         C’est normal, la Bachoa, esprit de révélation ne s’explique pas. Elle se vit et nous mène jusqu’à notre renaissance. Cette femme, cette infirmière que tu as voulu garder au près de toi
-         Caroline ?
-         Non, l’autre, celle qui n’a eu comme choix que de t’appartenir pendant que tu baisais son amie.
-         Ce n’était pas un rêve alors ?
-         La Bachoa Gabriel, la Bachoa…
Il le prononça de cette manière irréelle et magique. Cela eut l’air de faire frissonner la foule entière qui restait immobile et silencieuse dans cette semi obscurité. Seule la lune semblait nous faire don de sa généreuse luminosité. Il changea de ton et dit d’une voix plus imposante :
-         Cette femme, cette traînée moura en se pendant au bout d’une corde. La noirceur naissante l’emmènera petit à petit de la tristesse au désespoir le plus total. Telle a été ta volonté, notre volonté Gabriel.
Je lui répondis d’une voix hésitante :
-         mais je te devais…ma dette était de trois…j’ai tué trois de tes amis Jean-Alexandre.
-         Non toi, je t’en prie, ne m’appelle pas comme ça.
Il inclina la tête sur le côté
-         la bachoa s’est déroulé parfaitement. L’homme dont la présence t’était insupportable, cet homme si peu respectueux de ta personne, ce Trill…
-         oui ?
-         ces jours sont également comptés. Une maladie qui a déjà commencé son évolution le terrassera. Il moura après d’atroces souffrances. Ne reconnais-tu pas les lieux Gabriel ? »
Il me fît signe d’un mouvement circulaire du bras. Subitement, une image aux couleurs vives jaillit dans mon esprit et vint s’interposer avec la vision de cet immense étendu d’herbe. Le jardin magnifique de mes rêve dans lequel j’avais rencontré Trill et cet endroit actuellement surpeuplé ne faisait qu’un !
«  - comme je te l’avais dis précédemment Gabriel, ta haine est dévastatrice.
Un peu perdu je lui dis d’un ton interrogatif :
-         mais je n’ai pas fais exprès, cela n’a jamais été intensionnel…
-         mais bien sûr, c’est l’essence même de ton existence. Beethoven voulait-il consciemment composer parmi les plus grands chefs d’œuvre de l’histoire de la musique ? Einstein était-il un fanatique de la vision apocalyptique et des moyens d’y parvenir ? Non ! nous suivons notre destinée. L’excellence touche les chanceux qui ont su se déchiffrer. Ta bachoa t’a guidé à travers les méandres de ton esprit…
par Hessman
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Dimanche 15 juillet 2007
Ce lieu à la fois si sombre et si hospitalier, tout ce monde devant moi, ces mots et ces visions, ce calme, tout cela me faisait sombrer dans un état de conscience étrange. Je planais entre le doute et la conviction, entre la surprise et le déjà vécu. Tellement de choses étranges m’était apparut depuis ces derniers jours, tellement d’émotions nouvelles, tellement de changements dans ma vie. Ne l’avais-je pas souhaité de tout mon cœur ? Quel sens avait le parcoure de Gabriel Hesse ? Pouvais-je encore m’aimer, me supporter plus longtemps ?
Mes repères, mes valeurs, ma foi partaient en éclat. Après avoir explosé, ma reconstruction devait avoir lieu, je le savais, c’était inévitable. La brebis égarée allait à l’instar du phénix, renaître de ses cendres.
Perdu dans mes songes, une question fît surface :
«  - j’entend ce que tu me dis, je vois ce que tu me montres mais la Bachoa, ne devait-elle pas me faire commettre trois…
J’eu du mal à prononcer ce mot qui était encore pour moi symboliquement abjecte.
-         trois meurtres ! trois morts ! prendre trois vies !
Dis-t-il en accentuant sa prononciation
-         la bachoa arrive à sa fin, elle n’est pas terminée. Nous sommes tous ici réunis pour exhausser ce souhait commun. Gabriel tu es un élément majeur. Tu es un des serviteurs de la source. Nous sommes d’une importance fondamentale, Nous sommes les piliers de construction qui ont demandé des siècles de travail. Mais seule la source compte et elle s’exprime à travers toi, à travers nous.
Delespinois marqua un temps d’arrêt et dis :
-         Gabriel, je suis le messager, le messager de notre Bachoa. Gabriel, nous ne faisons qu’un…je suis le lien entre ta conscience actuelle et ta véritable nature, ton être originel.
A la suite de ces mots, une forte émotion se répercuta dans l’ensemble de mon corps.
Il me fixa du regard et dis avec douceur :
-         tu es une entité qui n’a rien à voir avec la vie que tu as menée ces vingt huit dernières années. Tu as sommeillé très profondément pendant toutes ces années. L’heure de notre renaissance a sonnée. Le sacrifice du messager est l’ultime acte qui achève la Bachoa ! »
Toute cette route, toutes ces frayeurs, ces doutes, tout ça nous avait mené jusqu’ici. Ma vie n’était plus qu’une immense inconnue. Seul des songes, des émotions instinctives, un état inexplicable me rassuraient et me faisait avoir envie, envie de poursuivre, aller jusqu’au bout de ce qui avait été commencé. Je me revoyais chez moi, malheureux et perdu. Finalement même pas malheureux, surtout perdu. Airant dans la vie, airant dans un monde que je ne saisissais pas. Mon évolution d’être humain me filait tel le sable entre les doigts. Le suicide aurait probablement été la plus digne des sorties mais je savais que je n’en aurais été même pas capable, je me croyais piteux et sans doute l’étais-je.
Aujourd’hui se révélait tout le contraire, j’étais devenu fondamentale.
Cette résurrection du bonheur, de mon bonheur n’était-elle pas la voix magistrale vers une vraie destinée. J’allais enfin vivre, j’allais enfin être. Avais-je le choix d’accepter ou de refuser ce que j’avais toujours été ? Le loup se pose-il des questions avant d’attraper le mouton à la gorge, a-t-il des remords d’être un loup ?
Je contemplai la situation, j’observai chaque personne qui m’était donné de voir. A ma droite se tenait toujours le grand Kourâne et son crâne chauve, Jean-Alexandre avec le visage si sympathique d’Azvout et face à nous, si discipliné, cette multitude de gens qui attendait. Je regardai le sol pendant un long moment pensant à tout et à rien. Puis je relevai la tête et cria en serrant les poings de toutes mes forces ces mots venus d’ailleurs :
«  - je suis Bicabarel, serviteur de la source, je régnerai là ou je serai, ma foi et ma force feront trembler nos ennemis. Il est temps pour moi d’achever ma Bachoa ! »
Tout le monde se mit à crier comme une meute de guerrier se préparant à combattre.
Jean-Alexandre me dit d’une voix fatiguée à l’oreille :
« - allons dans le sanctuaire afin de nous unir, je me sens partir, il est l’heure. »
Son visage redevint une forme lisse et reprit après un court instant sa forme initiale. Il semblait fébrile, une étape supplémentaire venait d’être franchie.
Kourâne s’avança et prononça ces mots dans cette langue si mystérieuse. La différence était que maintenant je la comprenais ! :
«  - terminons la Bachoa de Bicabarel ! Faîtes venir les Estrèdes ! Faîtes venir les Estrèdes ! »
Ces sons sifflants, si doux m’émerveillaient encore plus maintenant que je percevais le sens. L’atmosphère avait totalement changé, tout le monde faisait preuve d’enthousiasme, les langues s’étaient déliées, les corps étaient en mouvement, l’ambiance était devenue festive, électrique, cette mer humaine s’agitait. Suite à la demande de Kourâne, la foule récita avec verve une sorte d’incantation, je compris qu’il s’agissait d’une invocation :
« Témoin de la nuit, à chacun son chagrin, témoin de la nuit, pour nous vous ici.
 Estrèdes de la source, un serviteur vous réclame, Estrèdes de la source, un serviteur chasse son âme… »
Ils la répétèrent et la répétèrent…
Une légère brise fît décoller du sol plusieurs brindilles insignifiantes qui se trouvaient entre la foule et nous, un souffle prenait corps. D’autres brindilles se levèrent également. Ce mouvement d’air devint circulaire, il s’anima de plus en plus. L’intensité de ces apparitions prit une importance qui me permit de visualiser progressivement un vent qui devenait anormalement très rapide. Dès lors je pouvais distinguer quatre tourbillons qui s’étaient formés. Les voix incantatoires qui se faisaient recouvrir voulaient lutter, mais il s’agissait d’une lutte harmonieuse. Après un instant, les quatre phénomènes devaient mesurés très de deux mètres de hauteur pour une circonférence tout aussi impressionnante.
La foule finit son invocation soudainement, le silence reprit alors possession des lieux. Chose extraordinaire, les tourbillons ne faisaient plus un bruit, ils s’étaient figés ! Cela ressemblait à un arrêt sur image localisé sur ces quatre formes. Le spectacle était incroyablement beau, les traces du vent immobilisées en forme de large cylindre se tenant devant nous ressemblaient à de véritable statue, quatre statues magnifiques !
Jean-Alexandre tomba à genou, son souffle devint rapide et laborieux. Non sans peine il réussit à dire :
«  - Estrèdes, je vous supplie, menez moi au sanctuaire, je suis prêt… »
Je comprenais que ce « je » me concernait également. Cet homme dont je m’étais senti si étranger, cet homme si extérieur, si différent et pour cause n’était ni un cauchemar ni un rêve, il était simplement une partie de moi, une partie bien réel. Le voire souffrir me faisait souffrir tout autant. J’avais la même impression qu’en me voyant enfant sur des films ou des photos : ceci est moi et je suis ceci !
par Hessman
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Lundi 16 juillet 2007
Les immenses portes du palais s’ouvrir lentement laissant sortir une fumée multicolore. Des rayons pénétrèrent la nuit, tranchèrent l’obscurité comme des lames étincelantes. Pendant que ce nouveau spectacle avait lieu, les Estrèdes se réanimèrent. Ils redevinrent des êtres d’aire, des êtres de vent. Les quatre tourbillons se rapprochèrent de Jean-Alexandre qui était toujours au sol. Je ne savais pas s’il était encore conscient. Tout le monde s’écarta, ils s’unirent sur lui et gagnèrent encore en intensité. Son corps s’éleva du sol, les bras, les jambes tombant. Il était inanimé, ses yeux étaient clos et il n’y avait plus aucune expression sur son visage mais je savais qu’il était encore parmis nous.
Son corps doucement se retourna en l’air. Ils l’emmenaient à l’intérieur du palais.
Kourâne qui avait les mains dans le dos me fît signe du regard et se positionna face à moi. Me souriant, il me les tendit et ajouta :
«  - pas de peine, pas de crainte, c’est un instant que nous avons tous attendu, vous allez nous revenir serviteur, venez… »
Il me tendit des lors la main. Je lui offris la mienne, lui rendis son sourire et nous suivîmes l’incroyable cortège.
Je connaissais le palais, j’y étais déjà venu, c’était ici que j’avais semé le plaisir et la mort. De l’extérieur sa taille de grande forteresse était impressionnante mais cela n’était rien en comparaison au sentiment d’immensité que j’avais maintenant à l’intérieur. Des colonnes dignes de celles qui existaient dans les représentations antiques de Rome entouraient l’incroyable entrée. Cette pièce pouvait facilement contenir l’intégralité des gens présent pour cette cérémonie. La vision spectrale de Jean-Alexandre flottant dans les aires au loin donnait la direction. Kourâne me tenait la main, nous nous dirigions vers une autre salle. En traversant, des images par intermittence me revinrent à l’esprit : je me revoyais en train de la pénétrer de toutes mes forces, d’aller au plus profond d’elle, j’avais aimé ce moment, j’avais aimé cet endroit. Les couleurs vives des murs, des représentations contrastaient avec le sol blanc, propre, lisse comme une étendue de glace.
Il n’y avait aucune source de lumière, pas de feu, pas de torche, tout était lumière ou plutôt tout était lumineux. Le passage au sanctuaire en forme d’arche aurait pu permettre à un géant d’y accéder sans se baisser. Une certaine gravité régnait, la marche était assez lente.
En me rapprochant, je distinguais de mieux en mieux cette salle. Elle n’y avait aucune comparaison avec ce qui m’avait été donné de voir. Cela me faisait penser à un gigantesque dôme de pierre. Le plafond arrondi, vu la dimension, me procurait une sensation étrange, une sensation d’importance. Chaque personne devait se sentir le noyau de cette salle et cela n’était pas un hasard. Entrant plus profondément, la puissance de l’édifice se révélait à chacun.
Arrivé au centre, le corps redescendit des airs pour être déposé au sol, la quatre Estrèdes se divisèrent et se positionnèrent pour former un carré. Au milieu le messager restait agonisant. Kourâne accéléra la cadence et m’emmena à environ dix mètres. Il me murmura :
«  - nous y sommes… »
La circonférence des Estrèdes diminua et un fin rideau de vent les reliant et entourant le messager se forma. Sa voix résonna avec douceur dans mon esprit :
«  - l’heure de notre renaissance est arrivée, que notre division cesse… »
La foule entourait ce spectacle, Kourâne me lâcha la main. Je ressentis une attraction irrésistible. Devenu acteur et spectateur, je ne me contrôlais plus. Je me dirigeai vers ma destinée dans un état de conscience absolu mais étrange. Je marquai un temps d’arrêt devant ce rideau de vent ondulant. Le corps gisant à terre me paraissait légèrement flou. Je franchis cet espace délimité…
Soudainement ce qui était à l’extérieur disparut, la luminosité devint intense. Les parois de ce cube n’étaient qu’un brouillard épais, j’avais retrouvé mon apparence originelle et mon esprit traversé de flashs incessants, j’étais à nouveau Bicabarel !
Une voix d’une gravité profonde résonna :
«  - Bicabarel, achèves ta Bachoa !… »
Me tenant à ces pieds, je me laissai tomber à genoux, me retrouvant ainsi sur lui. J’entendais son souffle court, ces longs cheveux blonds étaient étalés en désordre sur le sol et son visage d’une extrême pâleur me sourit. Ces yeux s’ouvrirent à moitié, il ressemblait à un ange. Des larmes coulèrent sur ces joues, il réussit à me dire :
«  - malgré la douleur présente et avenir, ce sont des larmes de bonheur… »
Il referma ses yeux, mes mains lui entourèrent la gorge et exercèrent une pression de plus en plus forte. Nos deux corps s’étincelèrent. Plus je serrai, plus la brillance devenait éclatante. Des millions de particules brillantes reliaient nos deux corps, je serrais de plus en plus fort, de plus en plus fort. Nos deux corps exultaient, nos deux corps brûlaient de l’intérieur. Il s’éteignait pour revenir à sa place, je m’éteignais pour redevenir, pour devenir, pour être…je ne pus contenir un beuglement d’une puissance indicible…j’étais !
Un flux magnétique parcouru mon corps, mon cris de bête devint puissance. Les parois vaporeuses partirent en éclats, les Estrèdes avec elles.
Je rouvris les yeux, j’étais au milieu d’une légion de la source, je les voyais maintenant comme ils étaient, guerriers, combattants tous plus magnifiques les uns que les autres. Dès lors, Je savais ce qu’ils attendaient :
«  - moi, Bicabarel l, je vous salue et vous respecte,…mes enfants.
Mon rire accapara tout l’espace.
-         Je vous guiderai et vous donnerai la puissance en vous transmettant l’essence, l’essence… »
Les bras en avant j’invoquai, je l’invoquai :
«  - source, nourris les, nourris moi, fais de moi le passage, je suis ton serviteur… »
Une nouvelle sphère bleutée apparue mais cette fois-ci, rapidement sa taille fût gigantesque, tous mes enfants en avaient besoin. En deux mouvements rapides et saccadés mes bras se croisèrent et se décroisèrent. La sphère éclata en chacun d’entre nous.
«  - Ah ! Me voilà de retour. Je contribuerai à maintenir l’équilibre, je prendrai toute vie voulant influer sur l’équilibre, je damnerai les êtres aux pensées subversives. La source restera dans cet équilibre et ce à jamais, à jamais ! À jamais… »
 
par Hessman
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Samedi 21 juillet 2007
Cette douleur au dos me donnait envie d’hurler, hurler d’impatience, qu’elle s’en aille, qu’elle me laisse tranquille, elle ne faisait pas partie de moi. Elle avait au moins l’intérêt d’occuper mes pensées. Mais cela faisait quand même trois jours qu’elle me tenait compagnie. Je restais allongé sur mon lit, regardant la télévision. De toute façon je n’avais que ça à faire, regarder la télévision, croupir dans ma cellule à regarder mon amie la télévision. J’étais pénard depuis plus d’un mois, plus de compagnon de chambre, plus de déglingué, plus de débile tordu. Cette solitude, ce calme, je le préférais à toutes les présences humaines auxquelles j’avais eu droit jusqu’à maintenant. Cela n’allait pas durer, je n’étais pas un privilégier, je ne l’avais jamais été et je ne le serai probablement jamais. Ma vie avait été une série d’erreurs : j’étais né au sein d’une famille ultra catholique et surtout ultra pratiquante. Après quelle que soit la religion c’est la manière de la pratiquer qui peut compliquer les choses. Ils ne s’arrêtaient jamais. Entre toutes les messes, et ils n’en loupaient aucune, la religiosité restait le pilier principal, les fondations de notre famille. Leur quête spirituelle n’avait de cesse et je constatais même une progression dans l’austérité. Et pour ça ils étaient très forts !
J’avais probablement été leur première sentence divine à ces idiots. Ils avaient écopé d’un fils unique fou. Ils ne l’avaient pas vu arrivé. Je ne les avais jamais revu depuis que j’étais enfermé comme un insecte dans une boite d’allumette. Je pense que dans leur esprit j’étais le mal incarné, une bête. Pourtant leur religion leur imposait ou plutôt leur proposait le pardon mais quand les choses deviennent graves, on oublie facilement ses principes de vie, ses principes d’amour…
Je ne leur en voulais pas, je crois que moi, je leur avais pardonné et je n’avais pas besoin de me référer à qui ou à quoi que ce soit pour ça.
Des fautes j’en avais commise en pagaille, dans tous les sens, partout ou j’allais. Mais je ne les avais pas faites seul, non loin de là !
 J’avais à l’époque toute une série d’amis, enfin de compagnons imaginaires et ce depuis ma jeune adolescence, peut être même plus tôt mais je ne m’en souvenais plus. Ma relation avec ces gugusses avait connue beaucoup de changements et j’avais beaucoup changé parallèlement à cette relation.
Cette évolution, mes parents n’avaient pas su y faire face. Non, ils n’y étaient pas prêt…D’ailleurs des parents peuvent t’ils faire face à la démence de leur enfant ?
Là ou je me rendais compte à quel point j’étais cinglé, c’est que je n avais jamais été sur de l’être vraiment, si ce n’est pas très clair, je vous rassure ça ne l’était pas du tout pour moi non plus.
Donc j’avais navigué durant toute mon enfance entre un monde parentale stricte et austère et un monde personnel complètement délirant. Cette situation, je l’avais géré depuis toujours tout seul comme un grand. Quand on a une dizaine d’année et que l’on doit faire face à un problème que même un vieux philosophe doté d’une sagesse immense ne pourrait assumer, la vie devient très très dure, on finit dans le mûr.
C’était ce qui m’était arrivé, j’avais finit à quinze ans entre quatre mûrs et ça faisait quinze ans que ça durait. Je me demandais souvent pourquoi. ? Qu’avais-je fais pour mériter ça ? Peut être mes parents avaient t-ils raison, peut être étais-je une bête, un homme mauvais…
Enfin bon ou mauvais j’étais encore vivant et ce n’était pas que j’avais envie de me racheter mais j’avais malgré mon existence de merde envie de vivre, de vivre normalement et tant que j’aurais cet espoir, je serais là !
Je changeai de position afin de calmer et peut être même d’oublier cette gêne. Mon poste de télévision faisait cinquante cinq centimètres de diagonal, autant dire il fallait le regarder de très près pour se croire au cinéma. Je l’avais placé sur un tabouret tout près de ma tête et ça me collait des migraines pas possibles au bout d’un certain temps mais je m’en moquais ; j’avais l’impression d’être ailleurs, de ne plus être dans cet endroit que je ne connaissais que trop bien. J’avais toujours préféré cette illusion ponctuelle à la réalité de la prison ou aux hallucinations de ma jeunesse. Quand il m’arrivait d’y repenser, si l’on m’avait demandé de choisir entre ces deux enfers, j’aurais probablement préféré rester détenu plus que de redevenir fou. C’était beaucoup moins excitant et plus ennuyeux mais je me sentais moins mal.
La chose la plus dingue et de loin, c’était que l’on ne m’avait jamais reconnu comme déséquilibré, je n’étais jamais allé dans un asile psychiatrique et aucun traitement ne m’avait été administré. Pourtant à l’époque des faits, de nombreux interrogatoires avaient eu lieu, j’étais passé entre les mains de spécialistes de tout genre mais rien n’y avait fait, pour eux j’étais une personne violente qui avait franchi les limites…
par Hessman
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