Vendredi 3 août 2007
La douleur réapparaissant, je dû me retourner afin de trouver une autre position. Ce concert de musique classique me détendu de nouveau. Il s’agissait d’une sonate de Beethoven intitulé « Clair de lune » interprété par un pianiste qui semblait à ce moment là bien détaché des considérations futiles, des problèmes du quotidien. La musique avait toujours eu beaucoup d’importance dans ma vie. Elle avait le don de solliciter des émotions que j’avais du mal à ressentir, à identifier. Elle pouvait rendre certains moments de mon existence plus poétique. La musique faisait honneur à la magie de l’être, la musique était à mon sens magie et dans une vie comme la mienne cela comptait énormément. Me supprimer la musique aurait été la pire des prisons. Je n’en parlais jamais de peur que le cauchemar ne devienne réalité.
Du haut du pont qui surplombait cette rivière, j’avais comme ils le disaient commis l’irréparable. Ma vision des évènements avait été tout autre mais leur démontrer s’était avéré impossible. Il m’avait pris pour un comédien et surtout pour un menteur. Avec le recul de toute manière apporter une explication justifiant ce qu’avaient vu des dizaines de témoins et qui était vrais aurait été tout aussi délirant que l’acte lui même. Le piège s’était refermé sur moi comme une fatalité. Aucune autre issue n’aurait pu avoir lieu, j’avais simplement fait ce que m’avait proposé la part la moins obscur, voir la plus lumineuse de ce que j’étais. Cette part qui depuis m’avait permis de me sentir plus en phase avec le monde et avec moi, celle qui avait chassé tous les démons de mon enfance. L’homme que j’avais précipité dans l’eau et que l’on n’avait jamais retrouvé avait emmené avec lui tous mes délires, toute ma folie, enfin si cela était réellement que de la folie…
D’une manière ou d’une autre ma vision des choses ne m’aurait jamais permis de m’en sortir, comme si cela était prévu, c’est sans doute ça la destinée. J’avais été programmé pour vivre ce que j’avais vécu et pour être là ou j’étais maintenant. Je n’avais ni aigreur ni colère en moi, personne n’était vraiment responsable et vu que l’on ne m’avait toujours pas présenté le maître des destins, il m’était difficile d’en vouloir à qui que ce soit. Je ne souhaitais du malheur à personne et c’était là une note qui me réconfortait.
Je fermais les yeux et me laissais bercer par toutes ces notes qui dans mon esprit étaient tels de petites gouttelettes rebondissant sur des parois souples le tout dans une parfaite harmonie. Quel délice…mon rêve absolue si jamais on me libérait et cela finira bien par arriver était d’assister à un concert classique, écouter ces chefs d’œuvre joués par de vrais musiciens devant moi. Que ces vibrations magnifiques viennent me caresser les tympans, que ces caresses soient des caresses d’amour absolues. J’étais certain que l’instant resterait inoubliable et que cela changerait totalement le cours de ma vie, c’était pour moi comme une évidence.
Je n’étais naturellement pas violent et encore moins un meurtrier, mais ça aussi ressemblait à un mystère. Le monde m’imaginait comme je n’étais pas et comme je n’avais jamais été. Enfin le monde, ceux qui m’avaient approché de plus ou moins près. L’homme dont je ne pouvais plus supporter la présence n’en était pas tout à fait un. J’avais eu beau réfléchir et du temps j’en ai eu durant ces quinze années, en prenant beaucoup de recul, me remettre totalement en question, prendre en considération l’hypothèse que j’étais peut être encore cinglé mais je restais convaincu que le dénouement de ma vie d’homme libre, enfin d’enfant libre, avait été plus une libération qu’un meurtre. Pour comprendre cela il fallait sans doute ne pas être normal, je veux dire ne pas avoir eu une vie normale et probablement ressentir que sa destinée baignerait dans un mysticisme qui pour l’instant restait absolument flou. Comment dire… comme je l’ai déjà raconté, j’avais été atteint de troubles psychotiques dès mon plus jeune âge. J’étais à l’époque schizophrène. Enfin ça il m’aura fallut du temps et du recul pour le comprendre. Mon cerveau ne marchait pas trop mal mais mon imaginaire venait interférer avec la réalité et créait des hallucinations de tout ordre : auditives, visuelles, sensorielles et tout à la fois. Il m’était devenu très difficile de vivre normalement dans ces conditions. De plus vous aurez bien compris que mes parents étaient plus à l’écoute d’un dieu muet qui ne leur répondait jamais que de leur fils en proie aux pires maux de la terre qui aurait bien voulu qu’on lui tende une main. Je cohabitais alors avec des personnages ou des personnes qui n’existaient que en moi, quelle chance ! La maladie qui à mon avis ne m’était pas tombé dessus par hasard évolua avec le temps. Mais j’avais réussie grâce une détermination immense dont la force me venait de je ne sais ou, à ne jamais trop m’éloigner de la réalité commune, je luttais incessamment. J’avais connu quelques déboires mais rien de grave jusqu’à là. C’est alors qu’il m’apparut : un jeune, environ de mon âge qui à priori n’avait rien de différents de tous les autres jeunes de notre âge. Comme pour chaque nouvelle rencontre j’observais toujours une période d’observation afin de savoir s’il était réel ou bien imaginaire. Car dans l’évolution de mes apparitions, ces êtres qui au début était des personnages fantaisistes étaient devenu des gens se confondant avec les autres, ce qui rendait certaines situations de plus en plus compliquées. Mais lui était réel mais c’était la réalité, sa réalité environnante qui n’était pas normal. C’était difficile à comprendre, d’ailleurs je ne comprends toujours pas. Il se fondait très bien dans le décor mais il avait une sorte de dimension tout autre. Ce que j’essaye d’expliquer était la somme de découvertes qui m’avait pris beaucoup de temps. En résumé, il n’était ni comme les gens normaux, ni comme mes hallucinations : il était les deux à la fois.
Il se nommait Dany et se ventait d’être mon meilleur ami. Dany n’avait de cesse de me poursuivre. Exactement comme mes amis imaginaires à la différence qu’il existait. Je l’avais présenté à des amis, des vrais, enfin je veux dire des réels. En fait c’était un test et j’avais pu constater qu’il existait vraiment. Mais très tôt j’avais décelé qu’il avait un comportement étrange : il ne se souciait aucunement des gens que je lui avais présenté et il n’avait d’attention que pour moi. En sa compagnie je me sentais à certains moments extrêmement bien comme si je l’avais connu depuis toujours et à d’autre extrêmement mal. Notre rencontre avait été un tournant dans ma vie, beaucoup de chose avait changé. Dany avait le don d’éloigner ou remplacer mes hallucinations par les siennes. Mon monde intérieur avait subit d’étranges transformations. Je pensais qu’il était mon bienfaiteur et que grâce à lui tout allait rentrer dans l’ordre, que mon existence allait devenir de moins en moins cauchemardesque. Mais Dany devint de plus en plus encombrant. Il arrivait même à venir dans mes rêves et à m’emmener dans des endroits somptueux. Le problème fut que je sentis que je perdais le contrôle de mon être. Je ressentais bien qu’il attendait quelque chose, qu’il voulait me diriger quelque part. Notre lutte commune se transforma rapidement en un antagonisme difficilement supportable. Je n’étais pas comme lui et je ne voulais absolument pas devenir ce qu’il souhaitait.
Mais là je vous parle de pur instinct car je ne savais pas ce qu’il voulait. Je ne rentrerais pas dans les détails mais après des semaines, de meilleur ami il était devenu mon pire ami. Je ne pouvais plus le supporter et il était partout ou j’allais le jour et la nuit. Je me souviens avoir désiré redevenir le malade mental que j’avais été avant notre rencontre.
Bref, tout ça nous mena jusqu’à cette après midi, sur ce pont. Je fis la seule chose possible car je ne pouvais même plus penser sans que Dany ait son mot à dire. Une pulsion me fît me ruer sur lui et le balancer de toutes mes forces dans le vide. Je me souviens encore très bien de tous ces gens qui se mirent à hurler et du bruit du corps fracassant l’eau tel un bloc de béton. Je pense qu’ils s’en souviendront toute leur vie et je leur demande encore pardon. Mais je me souviens encore mieux de cette sensation de libération, de tout ce poids partant avec Dany. J’espère ne pas être trop macabre mais tuer Dany a été le plus merveilleux des cadeaux. Je n’étais pas croyant mais j’ai eu l’impression de laver ou d’élever mon âme…
Son corps n’a jamais été retrouvé et il n’a même jamais été identifié. Je ne connaissais pas son nom de famille et je ne savais rien de lui. Les témoignages ont suffit à ma condamnation. Ma libération psychique ou spirituelle m’avait conduit à l’enferment physique et j’étais là depuis quinze ans. Je pensais depuis tout ce temps que l’on m’avait oublié, juste oublié.
par Hessman
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Vendredi 17 août 2007
« Joshua ! Joshua ! Ne te réveille pas, je suis venu te dire qu’il ne faut pas se fier à ses souvenirs… ils te trompent ou te traînent… »
Cette voix… mais avais-je un nouveau compagnon de cellule ? Ils auraient pu au moins m’avertir !
« Joshua ! Regardes devant toi, de grandes choses sont à faire, Joshua tu mérites tout l’amour du monde, tout l’amour du monde… »
J’ouvris subitement les yeux, je pleurais.
Ces phrases que j’avais dû rêver m’avaient touché au plus profond.
Je me calmai et me rendormi comme un petit enfant après un cauchemar.
par Hessman
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Vendredi 17 août 2007
Comme tous les matins un des gardiens vint me réveiller :
« Joshua, c’est l’heure, il fait beau, il fait chaud, tout va bien, vive la vie ! » dis Rudy d’un ton faussement euphorique, puis j’entendis son rire. Rudy était un des gardiens que j’appréciais le plus, c’était quasiment un ami. Il était toujours d’humeur égale et ces sarcasmes me divertissaient plus qu’autre chose. Il n’était pas méchant, simplement un peu lourd. Mais là en plus il n’avait pas menti, en regardant à travers ma fenêtre je vis que la journée allait être magnifique. Au bout de quelques minutes, je compris que mon mal de dos avait enfin disparut. Si une activité sportive était organisée je pourrais donc y participer pleinement. Il y a des matins comme celui là ou l’on sait que de bonnes choses nous attendent. Après la fin du rituel quotidien qui se résumait à faire toutes les tâches que tout le monde fait tous les matins ; c’est à dire s’habiller, bon ici nous mettions une jolie tenue de prisonnier, se laver, ici c’était douche collective et ranger sa chambre, nous rangions notre cellule, nous fûmes conduit à la salle à manger, enfin dans cette immense cantine. Seul ceux qui avaient un comportement civilisé pouvaient prendre leur repas dans cet espace. Cela me permettait de faire des rencontres et de ne pas regretter de vivre seul dans ma cellule. Je n’avais guère d’amis parmi les détenus. Leur sujet de conversation pour la plupart tournait toujours autour du sexe, de la drogue, des bagarres et d’autres exploits réalisés à l’extérieur de la prison. Tous en faisaient beaucoup trop, probablement pour que l’on ne décèle pas leur peur ou leur détresse. Même les vrais méchants, les vrais caïds me laissaient de marbre. Je ressentais en eux une telle envie de prouver qu’il m’était difficile de percevoir leur humanité. De toute façon je ne les intéressais pas non plus. Personne ne se battait pour déjeuner à mes côtés. Je ne parlais pas beaucoup, je n’en ressentais pas le besoin. J’aimais tellement écouter les gens, essayer de les comprendre dans leur peine, de les suivre dans leurs excitations et certaines fois de me délecter de leur joie. Mais cela n’était possible qu’à de rares moments, une fraction de seconde ou l’homme baissait la garde, laissait tombait son bouclier, finalement redevenait homme.
Les autres prisonniers paraissaient me respecter parce qu’ils ne voyaient aucun adversaire en moi. Je n’étais probablement à leurs yeux qu’un mec bizarre mais gentil, non pas gentil car ça c’était une vraie faiblesse en prison la gentillesse, non, bizarre et qui n’avait pas un instinct de prédateur. C’était une vision qui ne me déplaisait pas, j’étais bizarre et inoffensif. Pour un meurtrier ça n’était pas glorieux mais moi ça me convenait tout à fait.
Nous étions donc attablés, j’étais entouré que de visage que je connaissais parfaitement. Lucas un des prisonniers était assis en face de moi. Il n’avait de cesse de parler, de tout et de n’importe quoi. Son bouclier c’était ça, parler pour ne rien exprimer, parler pour se cacher derrière des colonnes de mots. Mais je l’aimais bien, il avait un visage jovial, un peu grimaçant mais jovial. Ce qu’il disait captivait l’attention des autres, personne ne lui répondait, il effectuait de longs monologues. Moi je ne l’écoutais pas, de toute manière qu’on l’écoute ou pas ne changeait rien, il parlait :
« Je lui dis : viens avec moi, je te jure tu ne vas pas le regretter. Elle me regarde et dis comme ça si si je vous jure : à ouais et qu’est ce qui me dit que je dois te suivre Lulu. Et là je vous jure, je baisse mon pantalon, je sors le merdier et je lui montre en disant : tiens elle est à toi. Alors au début elle a eu l’air un peu choqué et là je vous jure, elle s’est avancé en fixant ma bite et rien que son regard m’a fait bander comme un orang-outan. Et là, putain je vous jure, elle m’a taillé une pipe mais je vous jure une pipe qui rendrait jaloux cherlok Holmes. Vas-y qu’elle m’a pompé et elle aimait ça la garce et je vous jure elle a tout pris dans le bec, je vous jure jusqu'à la dernière goutte. »
Pour une fois que je prêtais attention à ce qu’il disait, nous avions eu droit à un récit de très haute voltige. Pensez que Lucas était un mythomane était une perte de temps, c’était une évidence tellement ce qu’il racontait sonnait faux mais tout le monde semblait s’en moquer. Quelqu’un parlait et ça comblait un vide. Ce jour là Lucas voulu pour je ne sais quelle raison me faire participer à son histoire imaginaire :
« -     tu sais Joshua comme quand t’as l’impression que la nana elle fait le ménage, elle veut laisser la place propre après son passage
-         non je ne sais pas
-         mais si quand elle y va à fond et que même après elle continu et que toi tu te demandes ce qu’elle veut et qu’après tu comprends
-         je suis désolé mais je ne sais pas
-         putain je te jure, t’es vraiment un extraterrestre toi. On pourrait croire que t’as jamais touché une nana, putain je te jure
-         je n’en ai jamais touché…
-         putain je te jure je… Quoi !
-         je n’ai jamais fais l’amour avec une femme
Tous les regards se tournèrent vers moi. Leur assiette ne les intéressait plus. Une phrase simple venait de compliquer la discussion. Je ne comprenais pas bien ce qu’il y avait de mal, j’avais eu l’impression de faire offense à l’ensemble de la gente masculine planétaire.
«  -   un jour viendra cela se fera mais aujourd’hui je ne suis pas en mesure de comprendre ton histoire Lucas. »
Je lui souris affectueusement afin de lui faire partager un peu de mon innocence. Lucas ajouta :
«  -    putain je te jure… »
Après notre conversation fût interrompue car nous devions regagner nos cellules. Cette matinée là je repensai beaucoup à ce petit déjeuner. C’était la première fois que j’évoquai ma sexualité et à priori cela avait surpris beaucoup de monde. Cela me rendit très curieux, il était peut être temps que je sorte et que je découvre le monde…
 
 
par Hessman
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Mercredi 24 octobre 2007
Le soleil entama son retour parmi nous, je n’avais plus dormi depuis mon retour en pleine nuit. Pas parce qu’une angoisse quelconque m’avait hantée ou simplement dérangée mais parce que je n’en avais plus ressenti la nécessité. Je me sentais bien, serein. J’avais la curieuse sensation que cette expérience nocturne était un commencement et que des changements allaient intervenir, sous quelles formes, ça, je n’en avais aucune idée !
De retour dans ma cellule après le cérémonial du matin, j’enlevai mes chaussures, j’allumai le téléviseur et fît défiler les chaînes les unes après les autres. Je repensais à cette nuit : qu’est ce que cela pouvait bien signifier ?
Une chose était sure, il fallait que je sorte, j’étais prêt et de toute façon je savais que cela  allait arriver très bientôt. Sans même que l’on m’ait dis quoi que ce soit, je commençai de ranger mes affaires afin d’organiser ce départ.
«  - Joshua ! » cria Rudy. Il ouvrit précipitamment la porte de ma cellule.
« - Joshua ! Mets la chaîne d’info, magnes toi »
Surpris de me voir en plein rangement il rajouta :
«  - mais qu’est ce que tu branles… bon, on s’en fou, met la chaîne d’info, ça va t’éclater ! »
Au vu de son empressement, je compris que quelque chose se passait et que cela devait être assez intéressant. L’image montrait un Boeing de la China Airways isolé au beau milieu d’une piste d’aéroport.
«  - écoutes ça Josh, il y a plus de cent passagers à bord, des terroristes viennent de le détourner ce matin »
Ces images provenaient d’un aéroport à quelques kilomètres de là. J’étais captivé par ce spectacle, je n’entendais plus ni Rudy, ni les commentaires des journalistes. Cet avion figé me laissa perplexe. Quelque chose d’important était en train de se passer, je pressentais un événement majeur. Ce détournement, cette prise d’otage…pourquoi avais-je l’impression que cela cachait une tout autre réalité ?
Mon esprit après s’être égare une fraction de seconde revint. Le bruit ambiant me troubla. Je pris précipitamment la télécommande de la télévision et baissai radicalement le volume. Rudy surpris dit :
«  - qu’est ce que tu fous ? 
-         c’est bon j’ai compris, pourrais tu sortir s’il te plaît, j’ai besoin d’être seul »
Rudy légèrement dérangé par ma demande ne broncha pas et quitta ma cellule en bougonnant. Je me retrouvai seul face à cette image, seul face à cette image…
Mon esprit repartait vers cette destination inconnue mais néanmoins très accueillante…
 
par Hessman
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Mercredi 24 octobre 2007
Ce qu’il y avait de pire en prison, c’était toutes ces journées totalement dépourvues de surprises. Les jours défilaient avec extrêmement de lenteur et je ne recevais de visites ou de lettres. Mes parents ne m’avaient jamais envoyé une lettre, une simple lettre.
Le reste de ma famille avait dû être converti à cette nouvelle religion également, l’oubli.
Je savais qu’en moi un vide immense existait, j’avais appris à vivre avec. Il ne générait aucune haine mais il était juste là et il avait bien plus d’importance que mon désert sexuel. Quoiqu’en y repensant tout était probablement lié…
Une nuit supplémentaire se présentait, j’étais allongé comme chaque soirée sur mon lit, réfléchissant… De temps en temps déconcentré par un programme télé. Ce soir là, n’ayant été séduit par aucune émission, mon attention s’échappa au travers des barreaux de la fenêtre. Confortablement installé, la lune me fît don d’un spectacle extraordinaire. Cette lueur insaisissable paraissait m’hypnotiser, je la contemplais en rêvassant. Un dialogue muet et dépourvu de sens prenait forme. Un dialogue, que dis-je une communion. Nos énergies s’entremêlèrent et me mirent dans une sorte d’état second. Ma vision se troubla et lentement je ne perçu plus les sons environnants. Mon enveloppe charnelle n’était plus, seul mon esprit demeurait. Je n’avais plus besoin de volumes, de profondeurs, de repères. D’ailleurs le « je » faisait partie d’un tout, d’une harmonie dans laquelle ma place était naturelle, non était. Cet état m’apporta immensément de bien être, de douceur, de quiétude. Cet ensemble auquel j’appartenais maintenant me révéla. Ce fût une illumination. Ce moment détaché de tout et même du temps m’apportait, m’apportait bien plus que tout ce que j’aurais pût imaginer précédemment. Progressivement je revins, le trouble visuel reprit sens, les échos maintenant perceptibles semblaient se rapprocher. Calmement l’atterrissage s’effectua. Je n’avais pas rêvé, mes yeux étaient restés ouverts et je ne ressentais aucunes des sensations dû généralement à un réveil. J’étais parti et revenu, voilà tout. Où et pourquoi, cela n’avait pas d’importance. Le souvenir seul resterait.
Je remarquai que le téléviseur était encore allumé mais qu’il n’y avait plus aucune diffusion : il était cinq heures et demie du matin ! Huit heures s’étaient écoulé. Ce que j’aurais évalué aux alentours de cinq à dix minutes avait réellement duré huit heures. Quel phénomène étrange…
 
par Hessman
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Samedi 9 février 2008
A nouveau Rudy fit irruption dans ma cellule. Il avait ce rictus que je lui connaissais bien. Il signifiait en général qu’il savait quelque chose qui était sensé surprendre ou faire plaisir ou les deux à la fois.
«  - Joshua… 
-         c’est à quelle heure ?
-         de quoi tu parles ?
-         j’ai rendez-vous avec Darez, je vais quitter l’établissement…
Il prit son aire résigné et poursuivit :
-         dans deux heures exactement, je ne te demande pas comment t’as su…hein ?
-         non effectivement
-         ce n’est pas très important
-         Josh, 
Il marqua un silence, sembla chercher ses mots.
-          je suis super content pour toi, j’espère vraiment que ta vie, ton avenir va être bien, tu le mérites. Des gars comme toi ca ne court pas les rues, heureusement que tu es là…
Je lus sur son visage une certaine émotion. Je crois qu’il éprouvait pour moi beaucoup d’affection. La réalité était que moi aussi je l’appréciais énormément. Dans ma pauvre vie affective il avait inconsciemment rempli certaines cases ces dernières années. C’était mon seul, mon unique ami.
-         Josh, je vais te filer l’adresse d’un ami de longue date, c’est un vieux mec génial. Tout le monde l’appelle Lowbo, il pourra t’aider à te mettre sur les rails. Je lui ai parlé de toi et c’est lui qui m’a proposé de te filer un coup de main. Donc n’hésites pas, il vit seul, il a le cœur sur la main. Je suis sur que vous allez vous entendre parfaitement. Josh, il t’attend.
Il me tendit une enveloppe et rajouta :
-         va le voir, il est magique…
Il partit aussi sec en me disant que nous nous verrions plus tard.
J’avais deux heures devant moi, je m’allongeai et reparti dans ce monde de songes mais cette fois-ci avec ces mots qui résonnaient en moi : « Lowbo, il est magique… »
par Hessman
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Samedi 9 février 2008
Je n’étais plus, non, je n’avais jamais autant été. Quelle étrange sensation. Les mots, les images, les sons, tout y étaient mais pourtant il m’était impossible de faire une description, d’essayer même d’expliquer. Le terme inconnue ne correspondait pas à ce qui se passait, d’ailleurs que se passait-il, se passait-il quelque chose ?
Cet état, je le connaissais maintenant depuis plusieurs jours et une seule chose pour moi était clair, j’éprouvais du plaisir, passer trop de temps sans l’approcher créait un manque. Probablement le genre d’effet que doit procurer la drogue. Enfin, j’imagine car comme beaucoup de sujets courants n’ayant plus aucun mystère pour bon nombre de mes semblables, pour moi cela restait que de la théorie.
J’aimais autant entrer qu’en ressortir. J’avais l’impression d’en ramener une sorte de substance, ou des souvenirs dont je ne me souviendrais plus mais qui me laisseraient un certain bien être, une force. Enfin je ne comprenais rien mais cela m’était égal !
Une idée intéressante, dans ces voyages l’univers extérieur à mon être était aussi différent, aussi loin de la réalité habituelle que mon univers intérieur. Ma perception, comment dire… ces choses étranges, je les ressentais, je les comprenais mais sur un autre mode de perception. Oui je sais, j’y avais pensé aussi, probablement n’étais-je encore que ce pauvre fou, victime d’hallucinations, prêt à basculer dans le grand délire, l’ultime délire.
par Hessman
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Samedi 9 février 2008
Il restait silencieux, lisant ce dossier qu’il devait maintenant connaître par cœur. Mr Darez ou gros dard comme l’appelait Rudy referma ce chef-d’œuvre intitulé Joshua BLEX.
«  - Ils ont décidé de vous réinsérer dans la société par étape. »
Il me sourit et reprit :
«  Vous allez déjà intégrer pour une période indéfini un institut spécialisé afin de faire un bilan. »
Je ne pus contenir une légère colère. Apres quinze années de prison pour un soit disant homicide non élucidé, des gens sûrement différents de ceux qui trônaient à l’époque s’étaient enfin réveilles pour me faire rencontrer des psys. Darez n’osait même pas prononcer l’adjectif psychiatrique.
«    -   un bilan psychiatrique Mr DAREZ»
Il changea de regard et dit avec beaucoup de gêne : 
«    -   oui c est cela, un bilan psychiatrique »
Ou sans doute pour différentes raisons avaient-ils rangé mon dossier dans un placard pour être sur de ne pas le retrouver trop tôt jusqu'à ce que enfin des personnes courageuses culpabilisant de ne rien faire décident de nettoyer la poussière qu’il y avait dessus !
Je n’avais pas spécialement d’amitié pour DAREZ, parler aurait très vite sonné creux ou sonné faux. Il ne m’appréciait pas spécialement non plus. La rencontre ne se prolongea pas. Il aurait je pense voulu sortir quelques phrases inoubliables commençant par : « vous savez Joshua … » Et finissant par « jamais trop tard pour retrouvé la route » mais il me fit cadeau de ce mistral inutile. Il m’expliqua les procédures de départ et nous nous serrâmes la main. Je le quittai sans éprouver à son égard une quelconque animosité, il n’était pas responsable de mon tiers de vie gâché. Je n’en voulais à personne, finalement surtout pas aux autres.
Tout s’enchaîna rapidement. En une fraction de temps, je me retrouvais prêt à quitter les lieux. J’éprouvai bizarrement une certaine tristesse à partir. On s’attache probablement à tout, même à un chien qui nous a mordu… 
Un premier pas, oui c’est ça j’allais réapprendre à marcher, tel le nouveau née sortant de son berceau. Etape après étape comme venait de me l’expliquer gros dard. L’accouchement avait été long, pénible et douloureux, surtout pour moi. J’y avais perdu l’ensemble de ma famille ou plutôt… non je devais arrêter d’y penser. J’allais laisser dans cette prison toutes mes tristesses et surtout beaucoup de souvenirs. Souvenirs de ces quinze années de détention et les quinze autres qui les précédaient. Inconsciemment je portai la main sur la poche arrière de mon pantalon. J’avais rangé là l’enveloppe que m’avait donné Rudy, « Mr Lowbo j’espère que vous n’allez pas oublié vos paroles car moi, après, je n’aurai plus que vous ! » pensais-je.
Je partis un peu triste de n’avoir pu recroiser Rudy mais peut être n’avait-il pas envie de cette scène non pas d’adieu mais d’au revoir…
Une fois installé dans le véhicule, j’eu une légère sensation désagréable : j’étais nerveux, je quittais tout ce que je connaissais pour aller vers une direction inconnue, la liberté me faisait-elle peur ?
Je me raisonnai en revenant à des faits concrets. On m’emmenait dans un centre psychiatrique, je n’étais pas encore libre. Avec ma chance habituelle, les médecins pouvaient me trouvé encore assez fêlé pour me garder pendant quinze autres années.
Non, j’étais impatient de voler de mes propres ailes, de découvrir ce que la vie avait à me proposer. Le marasme avait assez duré, je devais m’expatrier vers le monde libre, vers une autre vie, je me le devais…
par Hessman
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Jeudi 20 mars 2008

Nous arrivâmes vers une entrée. Je découvris mon nouvel hôtel. Il ne me paraissait non pas accueillant mais paisible. Il se dégageait de cet endroit entouré de jardins joliment entretenus une atmosphère de tranquillité. En bas d’un escalier imposant deux personnes m’attendaient.

Après avoir immobilisé le véhicule, le conducteur me fit signe de descendre.

L’un des deux hommes s’avança :

«    -  bonjour Joshua, je m’appelle Dominique Azvout. Je suis docteur, docteur en psychiatrie et je suis très heureux de t’accueillir. Considère cet endroit comme chez toi. Nous allons faire tout notre possible pour que pendant ton séjour tu t’y sentes le mieux possible. Je te présente Antonio qui va t’aider à t’installer. »

Azvout avait l’air d’être quelqu’un de charmant. Ce sourire sincère illustrait un visage rempli de bonté et de générosité. Sa compassion pour l’autre était visible. Bref, il avait la tête de l’emploi.

Le deuxième homme était assez grand et imposant. Il respirait lui aussi quelque chose de bon. Il me fit un signe de la tête et me prit mes sacs sans trop d’efforts. Nous partîmes.

Le calme probablement imposé par une discipline et des règles strictes me surprit.

Ici, ce n’était pas une prison mais on ne plaisantait pas pour autant. C’était le genre de choses auxquelles j’étais très sensible. J’avais quand même une certaine expérience des centres de détention…

L’endroit était peuplé de drôles d’oiseau : je ne faisais pas une comparaison imbécile et rapide mais partant d’un postulat de base ou potentiellement j’étais classé dans la catégorie des gens pas très net, je me rendis compte que cela devait être moins flagrant que pour certains pensionnaires de cet établissement.

«    - Bonjour Madame Sethe, vous allez bien ? » demanda Antonio à une femme d’une soixantaine d’année assise sur un banc dans un des couloirs.

En nous rapprochant je m’aperçu qu’elle avait une peluche de chien à côté d’elle. Elle ne tourna même pas la tête afin de répondre. Elle était en train de parler toute seule où plutôt de parler à sa peluche dans une langue que je ne connaissais pas.

«    - narda, nazda … »

«  - Elle apprend à sa peluche à parler russe….c’est comme ça. » me dit Antonio

« - Est-elle là depuis longtemps ? » demandais-je

«  - Depuis plus longtemps que moi »

Il reprit :

«  - je suis arrivé, attendez un  peu en… oui…il y a au moins trois ans…oui voir peut être quatre… »

Nous traversâmes une grande salle qui devait être à première vue la salle de distraction.

«  - vous ne serez pas loin de la salle de recréation, il y a des jeux, la télévision et d’autres pensionnaires. Il y a aussi un grand parc derrière et une salle de cinéma »  rajouta-il.

Nous continuâmes notre promenade. 

«  - voila votre nouvelle chambre Joshua, je mets vos sacs à côté de votre lit » dit Antonio

«  - Antonio, tu peux m’appeler Josh et surtout, tutoies moi s’il te plait. Personne ne me vouvoie, j’ai l’impression  que tu parles à quelqu’un d’autre.

-         ok ça marche Josh, pas de problème. Si t’as besoin de quoi que ce soit, viens me voir ou demande aux autres infirmiers ou aux infirmières. » il sourit et rajouta :

-         il y en a des jolies, ça te donnera l’occasion de faire leur connaissance. » se rendant compte de ce qu’il disait, il interrompit son sourire, reprit un air sérieux :

-         tu peux aller partout dans le centre. Tout le rez-de-chaussée, le jardin. Par contre les étages sont réservés au personnel. C’est l’étage des furieux, c’est plus dangereux. Donc interdiction d’y aller, ok ? » il continuait de donner ses instructions sur un ton monocorde. J’avais pendant qu’il parlait commencé de ranger mes affaires dans l’armoire, je lui tournais le dos. Je me retournais, et après deux ou trois secondes de réflexion silencieuse, je dis :

-         ok, ça me va. D’autres choses ?

-         hum, heu…non, c’est tout, voila je te laisse.

-         Je te remercie infiniment pour tout, je n’hésiterai pas à venir te consulter si quoi que ce soit me parait obscur. » je restai planté devant lui et attendit qu’il parte.

Il parut un peu troublé ou embarrassé. Il me quitta, je me retrouvai enfin seul. Je ne le trouvais pas désagréable mais je compris vite qu’il devait pratiquer à outrance le dialogue inutile. Donc autant abréger tout de suite, autant présenter le tempo avenir afin d’éviter les complications, les moments d’extrêmes longueurs. Oui j’étais un solitaire, j’avais appris à être d’une certaine manière. Le silence, même partagé avec d’autres ne me dérangeait absolument pas. La plupart du temps ce que j’entendais entre le monde merveilleux de la musique et de l’harmonie et le monde tout aussi merveilleux du silence ne m’intéressait guère. Donc par politesse j’écoutais mais cette patience avait des limites.

 

 

par Hessman
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Jeudi 20 mars 2008

J’avais découvert avec bonheur que parmis les chaînes proposées sur la télévision mis à ma disposition dans la chambre, il y avait une chaîne de musique classique. Un orchestre interprétait  un morceau de Tschaikowsky. La musique remplissait maintenant le moindre recoin de la pièce. Je commençais de me sentir bien mieux, je commençais de me sentir chez moi.

«  - recouvre les murs, les objets, inonde nous de tes nappes profondes et si justes. Comble ces instants, équilibre ces ensembles, devenons un, devenons nous… »

Je me tenais debout au milieu de la pièce. On frappait à ma porte, pas à celle de la chambre, à ma porte. A la seule porte importante, celle de mon être. La musique m’apaisait et me faisait oublier la rigidité de la réalité. Dans ces moments de sérénité et de paix, je ressentais cet appel, cette proposition.

Pour la première fois, je partis, non je ne partis pas, ce n’était pas vraiment un voyage, j’accédais sans mettre assoupi, sans être dans un état de somnolence. Je ressentais l’énergie nécessaire afin de rester debout, mais elle n’était rien en comparaison avec l’énergie m’entourant maintenant. Se confondre avec cet ensemble, s’imprégner ne serait-ce que d’une infime partie de cet univers devait être une expérience gigantesque. Mais je ne pouvais et ne devais le faire maintenant. Je n’étais pas prêt. Je ne devais rester que simple visiteur, simple admirateur, simplement un être aimant, aimant…

Rouvrant les yeux, les sensations, les atmosphères, les couleurs que je supposais, que je ressentais partirent. L’immensité se résuma à ce monde, à ce centre, à cette chambre et à moi. Moi au milieu. Mais quel bonheur ! Quel bonheur de deviner que tout n’était pas que ce tout qui nous était simplement proposé. Depuis peu de temps je savais, j’étais convaincu que je ne savais rien, absolument rien. Probablement comme l’ensemble des êtres habitant cette planète. Mais si on me laissait entrevoir, d’autres avait dû entrevoir auparavant. Si on me laissait entrevoir, d’autres devaient entrevoir probablement maintenant. Peut être devions nous nous rechercher ? Peut être me recherchait-on ?  Peut être m’avait on déjà trouvé…

Une fois de plus cela allait dans le sens de ma liberté, ma liberté avenir. Ma seule conviction était qu’il était temps que l’on me libère. Que je sorte de cette cage, que je sorte de cet état. Le changement devait commencer bientôt.

par Hessman
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