Samedi 9 février 2008
Il restait silencieux, lisant ce dossier qu’il devait maintenant connaître par cœur. Mr Darez ou gros dard comme l’appelait Rudy referma ce chef-d’œuvre intitulé Joshua BLEX.
«  - Ils ont décidé de vous réinsérer dans la société par étape. »
Il me sourit et reprit :
«  Vous allez déjà intégrer pour une période indéfini un institut spécialisé afin de faire un bilan. »
Je ne pus contenir une légère colère. Apres quinze années de prison pour un soit disant homicide non élucidé, des gens sûrement différents de ceux qui trônaient à l’époque s’étaient enfin réveilles pour me faire rencontrer des psys. Darez n’osait même pas prononcer l’adjectif psychiatrique.
«    -   un bilan psychiatrique Mr DAREZ»
Il changea de regard et dit avec beaucoup de gêne : 
«    -   oui c est cela, un bilan psychiatrique »
Ou sans doute pour différentes raisons avaient-ils rangé mon dossier dans un placard pour être sur de ne pas le retrouver trop tôt jusqu'à ce que enfin des personnes courageuses culpabilisant de ne rien faire décident de nettoyer la poussière qu’il y avait dessus !
Je n’avais pas spécialement d’amitié pour DAREZ, parler aurait très vite sonné creux ou sonné faux. Il ne m’appréciait pas spécialement non plus. La rencontre ne se prolongea pas. Il aurait je pense voulu sortir quelques phrases inoubliables commençant par : « vous savez Joshua … » Et finissant par « jamais trop tard pour retrouvé la route » mais il me fit cadeau de ce mistral inutile. Il m’expliqua les procédures de départ et nous nous serrâmes la main. Je le quittai sans éprouver à son égard une quelconque animosité, il n’était pas responsable de mon tiers de vie gâché. Je n’en voulais à personne, finalement surtout pas aux autres.
Tout s’enchaîna rapidement. En une fraction de temps, je me retrouvais prêt à quitter les lieux. J’éprouvai bizarrement une certaine tristesse à partir. On s’attache probablement à tout, même à un chien qui nous a mordu… 
Un premier pas, oui c’est ça j’allais réapprendre à marcher, tel le nouveau née sortant de son berceau. Etape après étape comme venait de me l’expliquer gros dard. L’accouchement avait été long, pénible et douloureux, surtout pour moi. J’y avais perdu l’ensemble de ma famille ou plutôt… non je devais arrêter d’y penser. J’allais laisser dans cette prison toutes mes tristesses et surtout beaucoup de souvenirs. Souvenirs de ces quinze années de détention et les quinze autres qui les précédaient. Inconsciemment je portai la main sur la poche arrière de mon pantalon. J’avais rangé là l’enveloppe que m’avait donné Rudy, « Mr Lowbo j’espère que vous n’allez pas oublié vos paroles car moi, après, je n’aurai plus que vous ! » pensais-je.
Je partis un peu triste de n’avoir pu recroiser Rudy mais peut être n’avait-il pas envie de cette scène non pas d’adieu mais d’au revoir…
Une fois installé dans le véhicule, j’eu une légère sensation désagréable : j’étais nerveux, je quittais tout ce que je connaissais pour aller vers une direction inconnue, la liberté me faisait-elle peur ?
Je me raisonnai en revenant à des faits concrets. On m’emmenait dans un centre psychiatrique, je n’étais pas encore libre. Avec ma chance habituelle, les médecins pouvaient me trouvé encore assez fêlé pour me garder pendant quinze autres années.
Non, j’étais impatient de voler de mes propres ailes, de découvrir ce que la vie avait à me proposer. Le marasme avait assez duré, je devais m’expatrier vers le monde libre, vers une autre vie, je me le devais…
par Hessman
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Samedi 9 février 2008
Je n’étais plus, non, je n’avais jamais autant été. Quelle étrange sensation. Les mots, les images, les sons, tout y étaient mais pourtant il m’était impossible de faire une description, d’essayer même d’expliquer. Le terme inconnue ne correspondait pas à ce qui se passait, d’ailleurs que se passait-il, se passait-il quelque chose ?
Cet état, je le connaissais maintenant depuis plusieurs jours et une seule chose pour moi était clair, j’éprouvais du plaisir, passer trop de temps sans l’approcher créait un manque. Probablement le genre d’effet que doit procurer la drogue. Enfin, j’imagine car comme beaucoup de sujets courants n’ayant plus aucun mystère pour bon nombre de mes semblables, pour moi cela restait que de la théorie.
J’aimais autant entrer qu’en ressortir. J’avais l’impression d’en ramener une sorte de substance, ou des souvenirs dont je ne me souviendrais plus mais qui me laisseraient un certain bien être, une force. Enfin je ne comprenais rien mais cela m’était égal !
Une idée intéressante, dans ces voyages l’univers extérieur à mon être était aussi différent, aussi loin de la réalité habituelle que mon univers intérieur. Ma perception, comment dire… ces choses étranges, je les ressentais, je les comprenais mais sur un autre mode de perception. Oui je sais, j’y avais pensé aussi, probablement n’étais-je encore que ce pauvre fou, victime d’hallucinations, prêt à basculer dans le grand délire, l’ultime délire.
par Hessman
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Samedi 9 février 2008
A nouveau Rudy fit irruption dans ma cellule. Il avait ce rictus que je lui connaissais bien. Il signifiait en général qu’il savait quelque chose qui était sensé surprendre ou faire plaisir ou les deux à la fois.
«  - Joshua… 
-         c’est à quelle heure ?
-         de quoi tu parles ?
-         j’ai rendez-vous avec Darez, je vais quitter l’établissement…
Il prit son aire résigné et poursuivit :
-         dans deux heures exactement, je ne te demande pas comment t’as su…hein ?
-         non effectivement
-         ce n’est pas très important
-         Josh, 
Il marqua un silence, sembla chercher ses mots.
-          je suis super content pour toi, j’espère vraiment que ta vie, ton avenir va être bien, tu le mérites. Des gars comme toi ca ne court pas les rues, heureusement que tu es là…
Je lus sur son visage une certaine émotion. Je crois qu’il éprouvait pour moi beaucoup d’affection. La réalité était que moi aussi je l’appréciais énormément. Dans ma pauvre vie affective il avait inconsciemment rempli certaines cases ces dernières années. C’était mon seul, mon unique ami.
-         Josh, je vais te filer l’adresse d’un ami de longue date, c’est un vieux mec génial. Tout le monde l’appelle Lowbo, il pourra t’aider à te mettre sur les rails. Je lui ai parlé de toi et c’est lui qui m’a proposé de te filer un coup de main. Donc n’hésites pas, il vit seul, il a le cœur sur la main. Je suis sur que vous allez vous entendre parfaitement. Josh, il t’attend.
Il me tendit une enveloppe et rajouta :
-         va le voir, il est magique…
Il partit aussi sec en me disant que nous nous verrions plus tard.
J’avais deux heures devant moi, je m’allongeai et reparti dans ce monde de songes mais cette fois-ci avec ces mots qui résonnaient en moi : « Lowbo, il est magique… »
par Hessman
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