Jeudi 20 mars 2008

J’avais découvert avec bonheur que parmis les chaînes proposées sur la télévision mis à ma disposition dans la chambre, il y avait une chaîne de musique classique. Un orchestre interprétait  un morceau de Tschaikowsky. La musique remplissait maintenant le moindre recoin de la pièce. Je commençais de me sentir bien mieux, je commençais de me sentir chez moi.

«  - recouvre les murs, les objets, inonde nous de tes nappes profondes et si justes. Comble ces instants, équilibre ces ensembles, devenons un, devenons nous… »

Je me tenais debout au milieu de la pièce. On frappait à ma porte, pas à celle de la chambre, à ma porte. A la seule porte importante, celle de mon être. La musique m’apaisait et me faisait oublier la rigidité de la réalité. Dans ces moments de sérénité et de paix, je ressentais cet appel, cette proposition.

Pour la première fois, je partis, non je ne partis pas, ce n’était pas vraiment un voyage, j’accédais sans mettre assoupi, sans être dans un état de somnolence. Je ressentais l’énergie nécessaire afin de rester debout, mais elle n’était rien en comparaison avec l’énergie m’entourant maintenant. Se confondre avec cet ensemble, s’imprégner ne serait-ce que d’une infime partie de cet univers devait être une expérience gigantesque. Mais je ne pouvais et ne devais le faire maintenant. Je n’étais pas prêt. Je ne devais rester que simple visiteur, simple admirateur, simplement un être aimant, aimant…

Rouvrant les yeux, les sensations, les atmosphères, les couleurs que je supposais, que je ressentais partirent. L’immensité se résuma à ce monde, à ce centre, à cette chambre et à moi. Moi au milieu. Mais quel bonheur ! Quel bonheur de deviner que tout n’était pas que ce tout qui nous était simplement proposé. Depuis peu de temps je savais, j’étais convaincu que je ne savais rien, absolument rien. Probablement comme l’ensemble des êtres habitant cette planète. Mais si on me laissait entrevoir, d’autres avait dû entrevoir auparavant. Si on me laissait entrevoir, d’autres devaient entrevoir probablement maintenant. Peut être devions nous nous rechercher ? Peut être me recherchait-on ?  Peut être m’avait on déjà trouvé…

Une fois de plus cela allait dans le sens de ma liberté, ma liberté avenir. Ma seule conviction était qu’il était temps que l’on me libère. Que je sorte de cette cage, que je sorte de cet état. Le changement devait commencer bientôt.

par Hessman
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Jeudi 20 mars 2008

Nous arrivâmes vers une entrée. Je découvris mon nouvel hôtel. Il ne me paraissait non pas accueillant mais paisible. Il se dégageait de cet endroit entouré de jardins joliment entretenus une atmosphère de tranquillité. En bas d’un escalier imposant deux personnes m’attendaient.

Après avoir immobilisé le véhicule, le conducteur me fit signe de descendre.

L’un des deux hommes s’avança :

«    -  bonjour Joshua, je m’appelle Dominique Azvout. Je suis docteur, docteur en psychiatrie et je suis très heureux de t’accueillir. Considère cet endroit comme chez toi. Nous allons faire tout notre possible pour que pendant ton séjour tu t’y sentes le mieux possible. Je te présente Antonio qui va t’aider à t’installer. »

Azvout avait l’air d’être quelqu’un de charmant. Ce sourire sincère illustrait un visage rempli de bonté et de générosité. Sa compassion pour l’autre était visible. Bref, il avait la tête de l’emploi.

Le deuxième homme était assez grand et imposant. Il respirait lui aussi quelque chose de bon. Il me fit un signe de la tête et me prit mes sacs sans trop d’efforts. Nous partîmes.

Le calme probablement imposé par une discipline et des règles strictes me surprit.

Ici, ce n’était pas une prison mais on ne plaisantait pas pour autant. C’était le genre de choses auxquelles j’étais très sensible. J’avais quand même une certaine expérience des centres de détention…

L’endroit était peuplé de drôles d’oiseau : je ne faisais pas une comparaison imbécile et rapide mais partant d’un postulat de base ou potentiellement j’étais classé dans la catégorie des gens pas très net, je me rendis compte que cela devait être moins flagrant que pour certains pensionnaires de cet établissement.

«    - Bonjour Madame Sethe, vous allez bien ? » demanda Antonio à une femme d’une soixantaine d’année assise sur un banc dans un des couloirs.

En nous rapprochant je m’aperçu qu’elle avait une peluche de chien à côté d’elle. Elle ne tourna même pas la tête afin de répondre. Elle était en train de parler toute seule où plutôt de parler à sa peluche dans une langue que je ne connaissais pas.

«    - narda, nazda … »

«  - Elle apprend à sa peluche à parler russe….c’est comme ça. » me dit Antonio

« - Est-elle là depuis longtemps ? » demandais-je

«  - Depuis plus longtemps que moi »

Il reprit :

«  - je suis arrivé, attendez un  peu en… oui…il y a au moins trois ans…oui voir peut être quatre… »

Nous traversâmes une grande salle qui devait être à première vue la salle de distraction.

«  - vous ne serez pas loin de la salle de recréation, il y a des jeux, la télévision et d’autres pensionnaires. Il y a aussi un grand parc derrière et une salle de cinéma »  rajouta-il.

Nous continuâmes notre promenade. 

«  - voila votre nouvelle chambre Joshua, je mets vos sacs à côté de votre lit » dit Antonio

«  - Antonio, tu peux m’appeler Josh et surtout, tutoies moi s’il te plait. Personne ne me vouvoie, j’ai l’impression  que tu parles à quelqu’un d’autre.

-         ok ça marche Josh, pas de problème. Si t’as besoin de quoi que ce soit, viens me voir ou demande aux autres infirmiers ou aux infirmières. » il sourit et rajouta :

-         il y en a des jolies, ça te donnera l’occasion de faire leur connaissance. » se rendant compte de ce qu’il disait, il interrompit son sourire, reprit un air sérieux :

-         tu peux aller partout dans le centre. Tout le rez-de-chaussée, le jardin. Par contre les étages sont réservés au personnel. C’est l’étage des furieux, c’est plus dangereux. Donc interdiction d’y aller, ok ? » il continuait de donner ses instructions sur un ton monocorde. J’avais pendant qu’il parlait commencé de ranger mes affaires dans l’armoire, je lui tournais le dos. Je me retournais, et après deux ou trois secondes de réflexion silencieuse, je dis :

-         ok, ça me va. D’autres choses ?

-         hum, heu…non, c’est tout, voila je te laisse.

-         Je te remercie infiniment pour tout, je n’hésiterai pas à venir te consulter si quoi que ce soit me parait obscur. » je restai planté devant lui et attendit qu’il parte.

Il parut un peu troublé ou embarrassé. Il me quitta, je me retrouvai enfin seul. Je ne le trouvais pas désagréable mais je compris vite qu’il devait pratiquer à outrance le dialogue inutile. Donc autant abréger tout de suite, autant présenter le tempo avenir afin d’éviter les complications, les moments d’extrêmes longueurs. Oui j’étais un solitaire, j’avais appris à être d’une certaine manière. Le silence, même partagé avec d’autres ne me dérangeait absolument pas. La plupart du temps ce que j’entendais entre le monde merveilleux de la musique et de l’harmonie et le monde tout aussi merveilleux du silence ne m’intéressait guère. Donc par politesse j’écoutais mais cette patience avait des limites.

 

 

par Hessman
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