Vendredi 15 juin 2007
Je mis un peu de musique rythmée, genre latino. Je n’aimais pas trop mais je me sentais plus ouvert au monde en écoutant ce genre de truc. La main sur le ventre et hop ! Je dansais tout seul comme un gros couillon en fermant les yeux et en murmurant du pseudo espagnol bien dégueulasse. Au bout de trente secondes, n’ayant éprouvé aucune sensation pouvant s’apparenter à du plaisir, je pris une feuille bien blanche, bien propre et me mis à écrire afin d’organiser un peu les choses.
« Alors par quoi commencer, prévenir mon entourage ? Pourquoi pas ? »
Mais si c’était pour qu’on me regarde comme un yorkshire qui ne fait plus caca ou un petit bébé qu’a pas fait son rototo, alors fuck !
C’était d’un changement de vie dont il était question et pas d’une crise d’ado attardé qu’il faut emmener chez un psychologue qui dira à ses parents de lui acheter une mobylette ou une flûte traversière.  « C’est ça, ils peuvent se la mettre dans le cul leur flûte et bien profond ! »
J’aurais été incompris et dans ce genre de situation, se justifier, s’expliquer restent la dernière chose dont on a envie.
Je ferais ça comme un homme, un vrai. Je filerais à l’anglaise et mon retour en serait d’autant plus royal.
J’étais allé à la banque retirer l’intégralité de mes comptes qui de toute façon me rapportait une misère. « Ne laissé pas dormir votre argent, faites le travailler » disait cette salope derrière son bureau avec ses jambes croisées, ses petits nichons ridicules et cette putain de sale gueule. Qu’est-ce qu’elle était vilaine, je lui aurais bien décoché une patate dans la gueule à cette connasse.
Quand j’eus fini de vider mes comptes, à défaut de vider mes couilles sur sa tronche, j’eus l’impression d’avoir été violent, d’avoir maudit toute sa famille. C’était incroyable, j’avais retiré vingt milles francs, c’est à dire rien pour une banque et cette assistante de clientèle était d’après son visage, terriblement embarrassée.
Je venais de remarquer que depuis qu’elle s’était assombrit, des fantasmes me traversaient l’esprit. Je l’imaginais nue avec ses petits nichons ridicules et des grosses lunettes de secrétaire des années soixante dix, remplissant ses formulaires de fermeture de compte. Certaine personne sont tellement moches qu’on peut facilement imaginer leur univers intérieur.
Derrière ses aires de BCBG se cachait, j’en étais sur, une grosse putain. Une grosse putain qui aimait sucer des bites sans pouvoir se l’expliquer.
Je la saluai et poussa la porte de son bureau avec conviction, je me sentais d’or et déjà plus libre…
Je n’avais plus de compte en banque, j’avais fais partir à l’aide d’un courrier en recommandé avec accusé de réception ma lettre de départ de cet appartement de merde. Oh ! Les facteurs et toute leur bande de pote qui passent leur vie à acheminer des torches cul, allez tous vous faire foutre. Les propriétaires paranoïaques et leurs amis travaillants dans des agences immobilières, allez vous faire foutre. Et enfin, les huissiers qui font leur beurre grâce à tout ce tas de con incapable de s’entendre, allez vous faire foutre aussi!
L’intégralité de mon patrimoine était à vendre sur Internet. Je m’étais mis d’accord avec ma voisine Lucie pour qu’elle recueille mes plantes en lui disant que je partais en vacances pour quelques temps. J’avais enfourné dans un immense sac a-dos le nécessaire pour suivre ma destinée.
A moi les combats avec les crocodiles, les courses poursuites dans le désert, les fusillades de brigands ! Non je plaisante, j’étais désœuvré mais pas complètement con.
J’avais acheté un billet d’avion qui me permettait de réaliser l’équivalent d’un tour du monde sur une période de trois ans.
Mentalement j’étais prêt. Matériellement il ne me restait plus qu’à régler quelques détails techniques.
En résumé j’avais programmé mon départ une semaine après et plus rien ne semblait faire obstacle à ce voyage.
Les choses suivaient leur cours.
Pendant cette semaine, j’organisai plusieurs fêtes dans mon appartement. J’invitai l’intégralité de mon immeuble à passer festoyer.
La première soirée fût mémorable pour beaucoup de monde. Bon nombre de mes voisins que je ne connaissais même pas était venu et se révélaient être des gens fort sympathiques. Cette soirée que je qualifierais de spéciale, fut l’occasion de remercier Lucie d’accepter de garder pour une période plus ou moins longue mes plantes. Au cours de la nuit, je participai à tous les jeux d’alcool et me retrouvai très vite complètement bourré à cracker.
Parler était devenu quelque chose de différent. Lucie fut la dernière oreille à m’écouter et tant de gentillesse de sa part m’émut.
Ce soir là en la regardant sous un angle nouveau, je fus pris d’un désir immense de l’enfourcher à l’aide du bloc de béton que j’avais maintenant entre les jambes.
Cela se fit assez naturellement. Je crois avec le recul qu’elle avait toujours été plus ou moins amoureuse de moi. Donc se retrouver parterre dans la salle de bain à s’agiter maladroitement tels deux vermisseaux ne contrôlant plus leurs cris de plaisir couvert par un best-of des « Rolling Stones » n’était guère surprenant.
Le seul petit problème apparut au moment du réveil : Lucie, avait elle aussi un peu abusé de mélange divers mais la gerbe répandue le long de son cou qui finissait au niveau de ses genoux provenait probablement de mon abus et non du sien. J’en étais vraiment convaincu, cette odeur puante de vomie, j’avais la même dans la bouche.
Le romantisme n’avait jamais été mon fort mais là c’était du grand Gabriel.
Donc mis à part cet incident de fin de soirée, son déroulement avait été une réussite. Les problèmes arrivèrent les fêtes suivantes : les voisins participaient de moins en moins à ces rendez-vous merveilleusement chaotiques. Sans doute à cause de la fatigue due à la surconsommation d’alcool et à quelques autres produits surpuissants. Ils m’envoyèrent rapidement en guise de remerciement la police à qui il fut difficile de nier les faits vu le volume sonore extraordinairement explosif !
Le comble de cette semaine nocturne, d’ailleurs ce fut le point final de cet incroyable délire, fut l’intrusion assez violente d’un groupe d’intervention de police qui nous surpris mes amis et moi en plein concours de prise de raille géant de cocaïne. Nous avion appelé ça le Paris Biarritz et le grand perdant de ce jeu fût mon ami william qui descendit du train très rapidement. Faut dire qu’il n’avait pas l’habitude des grands voyages.
D’accord, nous avions un peu exagéré. Mais avouez qu’une vingtaine de fou furieux, dont deux habillés en chef de gare, un perdant nu avec des inscriptions racistes sur tout le corps qui malheureusement était d’origine africaine et le reste du groupe hurlant à la mort comme des loups ne méritaient pas une intervention aussi musclée.
Simplement, la malchance avait été au rendez-vous. Il s’agissait d’un gros malentendu.
Sur les trois responsables, le plus gradé avait été le seul à esquisser un sourire en voyant William entièrement recouvert de correcteur blanc comprenant la disproportion entre l’événement et le ridicule de leur présence dans cette soirée décadente.
Après avoir expliqué non sans mal, la raison qui m’avait contraint à disposer d’une telle grosse somme d’argent (quoique un peu amoindri par différentes dépenses que vous imaginerez facilement), nous passâmes la nuit au poste et tout cela n’aboutit qu’à une grande distribution de claques inutiles et à une amende géante qui amputa encore plus mon budget voyage.
Mais peut importe nous avions vécu une semaine de folie et ça, ça n’a pas de prix !
Enfin libre, nous nous retrouvâmes tous dans la rue, très fatigués, surtout certains dont l’énergie avait légèrement débordé et avaient dû être contenu par des lieutenants de police à la patience très restreinte. William salua l’assemblée avec empressement. Je crois qu’il avait hâte de rentrer chez lui afin d’effacer certaines inscriptions qui je dois dire avec le calme revenu se révélaient être limites.
Je n’avais informé personne de ma décision de partir. Une semaine complète avec des amis sans leur dire l’essentiel, on pourra trouver ça étrange, moi je trouve ça fort !
Par contre, que mes amis ne m’aient rien demandé sur les raisons de l’organisation de toutes ces soirées, on pourra trouver ça étrange, moi en tout cas, je trouve ça étrange…
Ce n’était plus important, j’étais de retour chez moi, il était onze heures du matin et j’avais quelques heures pour faire le rangement final et quitter les lieux.
par Hessman
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