Dimanche 17 juin 2007
Après avoir payé et serré la main de mon ami dégarni, (je me permis même le luxe de lui faire un petit clin d’œil amical) il démarra avec empressement ignorant tous les clients potentiels qui lui faisaient signe de s’arrêter.
Admiratif, je rêvassais : « Quelle immense forteresse cet aéroport avec ses dragons tournoyant au dessus d’elle, quelle…quelle…oh Gabie, réveil ! On arrête la branlette bordel »
Je pris mon sac à dos géant, fit un check-up rapide du nécessaire pour voyager : « portefeuille bien rempli, billet d’avion, passeport non périmé, sac à dos sur mon dos et en avant Guingan ».
Il y avait énormément de mouvement, les gens paraissaient tous pressés, du moins occupés. Ce qui est assez étonnant vu que dans un aéroport on ne fait qu’attendre.
Je fis enregistrer mon sac à dos qui aurait pu contenir un cadavre de nain obèse. D’ailleurs, l’hôtesse en profita pour me faire payer un supplément à cause du poids de ce dernier. Pendant l’opération je remarquai que cette compagnie aérienne n’employait que des filles qui à défaut de travailler dans un aéroport auraient pu danser dans des boites de strip-tease. Elles étaient toutes magnifiques malgré leur tenue bleue qui les faisait ressembler à des pervenches. Quoi que, ça me rappelait des émois lointains devant certaines scènes d’un film avec Louis Defunes et ses gendarmettes, sans doute aussi « la schrtroumfette » bien auparavant.
Je m’interdis de rien tenter. Quelle phrase allait proposer une ambiance décontractée de découverte réciproque ?
La nervosité ne m’éclaircissait pas l’esprit.
Rêvait-elle aussi de me parler ? Peut être que je lui rappelais également une personne, un personnage qui l’avait fait fantasmer plus jeune : « Bobby Ewing », « Tom Soyer » ou tout simplement cette petite coquine avait-elle passé sa vie à la recherche de son « Gargamelle ».
« Allé Gabriel, trouves un truc à dire…putain de merde…elle va avoir fini de rédiger son bout de papier…heu…heu… ». Je l’examinais dans le moindre détail afin de trouver l’inspiration salvatrice…
Plus je l’examinais, plus je la trouvais sublime et plus difficile devenait la tache. Je sentais comme l’écho d’un sentiment de panique naître au fond de mon corps. Cette Aphrodite me glissait entre les doigts. Elle et ses longs cheveux châtains, ce visage d’ange sur ce corps d’une finesse éblouissante. Dieu l’avait crée pour être belle comme un soleil et au lieu de devenir aveugle devant elle, je demeurais muet. Je dégageais les ondes d’une grosse carpe débile. J’avais le charisme de l’homme invisible et la conversation de l’incroyable hulk.
« Et après ! »Pensai-je, hormis donner bonne conscience au macho qui sommeil en moi, qu’allait m’apporter un début de conversation avec cette fille. Mon avion était dans une heure, ma destination le bout du monde et mon retour imprévisible. Les perspectives que quoi que ce soit se passe paraissaient très improbables. Le seul dénouement favorable aurait été l’obtention de son numéro de téléphone afin qu’à mon retour…
Mais ou avais-je la tête ? Pourquoi rêver ou plutôt fantasmer de cette manière alors qu’une nouvelle réalité s’offrait à moi ? Ou plutôt que je m’offrais une nouvelle réalité, une page avait été tournée et il fallait que je le garde à l’esprit.
Elle me tendit les papiers, je lui tendis de l’argent, nous nous échangeâmes un sourire, puis m’apprêtant à quitter les lieux, je me retournai et lui dis : « vous êtes très jolie, dans d’autres circonstances je vous aurais invité à boire un verre mais comme vous le savez, un avion m’attend. J’espère qu’un jour nos chemins se recroiseront, au revoir ».
Je laissais cette princesse m’attendre dans ce désert. La tête haute, je lui tournai le dos et commençai de marcher. D’autres aventures m’attendaient…mais putain je l’aurais quand même bien sauté cette salope!
Après avoir subit un interrogatoire stupide afin d’être sûr qu’un terroriste m’avait aidé à faire mes bagages, après être passé saluer une bombe érotique et avoir glandé dans un coin d’aéroport, je faisais maintenant la queue pour embarquer dans l’avion. Je remarquai immédiatement une grosse majorité de personne asiatique. Dans un vol à destination de Bangkok, était-ce réellement étonnant ?
L’énorme file d’attente ressemblait à un gros bordel, le personnel au sol ne faisait rentrer personne mais les gens se sentaient obligé de se coller comme des ventouses.  « Et si le temps d’embarquement durait trop longtemps, que le pilote pressé d’arriver décidait de faire partir son avion arrachant le couloir d’embarquement du même coup ! Effectivement, si cela était probable, alors mettons nous une pression utile pour être sûr d’être a bord d’un engin dirigé par un pilote fou. »
Mes amis d’Asie passait le temps en parlant, sans cesse, cette langue qui à dire vrais ne m’était pas très agréable. Ses sons amplifiaient mon mal de tête déjà important. Je ne sais pas si c’était les sons ou la manière agressive de les projeter, de piailler continuellement. Bien évidemment, je comprenais rien et donc trouvais le temps légèrement long.
Je sentis des frottements dans le bas de mon dos, probablement le sac à main d’une femme ou l’appareil photo autour du cou d’un chinois (ce n’est pas de leur faute s’ils sont de petite taille).
Au bout de quatre ou cinq frottements supplémentaires je décidai de me retourner pour identifier la lourdeur.
Alors, comment dire ?
Il s’agissait bien d’un sac à main. Un très beau d’ailleurs, très  tendance, limite exubérant. Celui-ci était tenu non pas par une femme mais comment dire ? Une de ces personnes surfant sur les vagues de l’incertitude et de l’ambiguïté. Ces gens qu’on imagine très jeunes aussi bien jouant à la poupée qu’au mécano et qui pourraient conduire un range rover  pourpre.
Bon, une tarlouze quoi !
Pas l’homme dont la féminité ultra moderne, limite exemplaire fait des envieux parmis les séducteurs hétérosexuels « old school » (qui eux ne peuvent s’empêcher de miser sur de gros bras pour suggérer de grosses couilles).
Non, la Tarlouze, le travelo, le mutant venant d’une autre planète, la planète tarlouze.
J’avais dans mon entourage des amis homo que j’appréciais beaucoup, mais je ne comprenais pas ces créatures, ces travestis avec lesquelles je ne savais même pas comment communiquer. Devais-je dire, madame ou monsieur ?
Le travesti était-il « elle » ou « il » et cela pouvait-il changer comme les escargots ?
Y avait-il des codes pour déterminer le sexe ? Si oui, de quel sexe parlait-on ? Le sexe de la personnalité ou le contenu du panier ?
Beaucoup d’interrogations qui ne déclenchaient aucune animosité de ma part mais qui me rendaient distant car la complexité résidait dans bien plus qu’une histoire de langue.
En me retournant, je remarquai tout un petit groupe. Ils étaient quatre, tous sortis d’une autre dimension, sauf un. La plupart avaient des cheveux immenses et certains s’étaient même fait des brushings géants. La mode devait être à la jupe très courte et en les regardant de plus prêt, j’avais l’impression qu’ils s’habillaient comme ma mère ou mes tantes dans les années soixante.
A l’instar du wagon d’asiatique, ils ou elles donnaient tous ou toutes l’impression de bien rigoler. J’avais le pressentiment que je n’allais pas me faire chier dans cet avion.
Le tripoteur faisait semblant de ne pas remarquer ma curiosité. Son comportement espiègle m’amusait. Dès que je tournais le dos, son sac à main venait au contact de mon cul et dès que je me retournais, il éclatait de rire en faisant semblant d’être en pleine discussion avec ses amis. Nos regards se croisaient et rien n’y faisait, son jeu lui plaisait.
Après cinq minutes, me mettant de profil, il comprit aisément que son manège avait assez duré. Il n’insista pas et les choses reprirent leur cours.
par Hessman
ajouter un commentaire commentaires (0)    recommander

Commentaires

Aucun commentaire pour cet article

Présentation

Créer un Blog

Recherche

Calendrier

Mai 2008
L M M J V S D
      1 2 3 4
5 6 7 8 9 10 11
12 13 14 15 16 17 18
19 20 21 22 23 24 25
26 27 28 29 30 31  
<< < > >>
créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur avec TF1 Network - Signaler un abus