Mercredi 27 juin 2007
« Cinq, quatre, trois, deux, un. » Caroline fît irruption dans la chambre. Une fois de plus mon instinct m’avait prévenu. Je savais que quelqu’un rentrerait précisément à cet instant. Cela commençait à m’amuser. Très vite ma curiosité me rappela à l’ordre. Ce rêve si réel me donnait l’impression que je la connaissais mieux. Toujours si souriante, après m’avoir salué et vérifié que tout était en place, elle prenait le chemin de la sortie. Je voulais lui demandai, c’était plus fort que moi :
«  - Caroline !
-         oui…
-         vous avez passé une bonne nuit ?
Elle semblait un peu étonnée.
Probablement à cause de l’intonation de ma voix légèrement tremblante.
-         oui très bonne, pourquoi me demandez vous ça ? la votre a été agitée Gabriel?
Cette réponse simple me rassura. Je lui fît un large sourire et lui répondis négativement. Voilà, j’étais rassuré, je n’avais plus qu’à l’oublier, à enterrer dans un coin de ma tête ce souvenir macabre pour ne plus jamais le ressortir. La nuit de Caroline et de Sandra avait donc été une nuit banale, peut être même agréable.
Mon rêve de fou ne restait que le rêve d’un type au sommeil perturbé.
Azvout passa me voir brièvement dans la journée. Je saisis cette opportunité pour lui faire part de mon impatience. A part ses deux infirmières, un médecin, l’un ou l’autre gardien et lui, je ne voyais personne d’autre. L’étage où je me trouvais était désertique, la plupart des examens avaient lieu dans ma chambre et fin du fin, ma fenêtre donnait sur un jardin qui était plus décoratif qu’utilitaire. Mon unique descente au rez-de-chaussée fût pour mon entretien avec lui et sitôt celui ci fini, on me ramena dans ma chambre. Il m’avoua que cela faisait partie des consignes de sécurité.
«  - des enquêtes au plus haut niveau sont en cours mais d’ici peu de temps vous serez interrogé en ma présence par les services de police et à ce moment là, les choses vont sans doute changées. Mais pour l’instant nous restons avec cette organisation. Si vous avez besoin de quoi que ce soit, demandez aux infirmières. »
N’ayant droit à rien d’utile ou de distrayant, la liste de mes requêtes était vite vue.
«  - au fait, ma famille est-elle au courant de l’endroit où je me trouve ?
-         ne vous inquiété pas, ils sont tenus informé de votre bonne état de santé. Ils comprennent aisément la situation, tout va rentrer dans l’ordre Gabriel. »
Bon, je ne pouvais pas être complètement satisfait de ces réponses mais je m’en contentai parce qu’avant de partir, Azvout m’avoua qu’il y avait une chance que la police passe en toute fin de soirée pour que nous continuions l’entretien déjà entamé. Ce qui rendait la situation caustique était que mon état psychique et l’enquête semblaient complètement imbriqués. Alors, allait-ce être un entretien thérapeutique ou un interrogatoire ? Sûrement les deux…
«  - Docteur, je voudrais vous faire part de choses étranges, de trucs que je n’explique pas.
-         Gabriel, nous nous voyons avec ou sans la police ce soir, ça peut sans doute attendre quelques heures. »
Diriger une clinique de barjots ne doit pas être une tâche facile, mais son manque de disponibilité tombait mal. Raconter mes délires nocturnes à des flics était hors de question.
Un gardien restant dans le couloir à proximité de ma porte, J’étais cloué dans ma chambre. Assis en tailleur dans mon lit, je cherchais le moindre détail qui pouvait m’occuper. Tournant la tête de gauche à droite, j’inspectais les lieux. Même le moindre insecte aurait été la bienvenue. Mais l’endroit était lisse, fade, il n’y avait rien d’intéressant.
 «  Quelle nullité cette chambre de merde ! »
Je revins sur la pile de magasine qui était sensée me divertir. On me prenait vraiment pour un con. Ces lectures à propos de nature, de voitures et autres sujets exaltants m’ennuyaient au plus haut point.
« J’ai vraiment une gueule à me soucier de la flore dans les pays d’Amérique du sud ! »
Je me rendis compte que d’une manière très surprenante, j’étais en train de lire de biais une phrase minuscule sur une page qui se trouvait assez loin de mon champ de vision habituel. Cette prise de conscience interrompit ce phénomène. Très interloqué, j’essayais à nouveau mais la nouvelle tentative ne donna rien. Me concentrant doublement, je me remis à l’œuvre mais à part me faire loucher, ce qui rendait ma vue encore plus floue, le résultat fût un échec…
Un calme absolu régnait, dehors il faisait beau mais ne pouvant pas ouvrir la fenêtre, je ne pouvais même pas en profiter. Vraiment je me faisais chier comme jamais et dieu sait que je connaissais le sujet. J’ouvris la porte de ma chambre, l’homme qui était de garde me regarda l’air interrogatif. Je lui expliquai que je m’ennuyais tout seul sans occupation et que si cela ne le dérangeait pas nous pourrions faire un peu connaissance. Antonio se présenta. C’était un grand gaillard très costaud, sa manière de parler ne laissait pas sous-entendre un esprit brillant mais quelqu’un de simple mais néanmoins agréable. J’avais passé à peu près trois jours dans cet endroit et c’était la première fois que j’entendais le son de sa voix. Il me faisait penser à un militaire. J’avais eu l’opportunité pendant quelques mois de les côtoyer. Ces gens pour la grande majorité un peu crétin, se réclamaient sans cesse d’avoir un esprit pragmatique, un esprit carré. La volonté en général y était, mais le résultat souvent drôle me laissait perplexe. Ils faisaient correspondre un désir constant de pragmatisme avec une inadaptation totale à toute réflexion. Ce cocktail assez unique, je le retrouvai dans le regard vif d’Antonio. J’aurais tant désiré faire une partie d’échec avec lui, cela m’aurait permis de faire plus ample connaissance avec le petit génie caché au fond de sa grosse tête de bœuf. Je lui fît part de mon idée et chose exceptionnelle, il partagea mon enthousiasme.
«  - mais Antonio, tu connais les règles ?
-         j’y ai joué y a longtemps avec des potes, faudra que tu me rappèles quelques règles mais t’inquiètes pas, je les gagnais souvent !
-         ne t’en fait pas, je vais tout te ré expliquer et comme tu à l’air de comprendre rapidement, ça va être…chouette. »
Il me dit qu’il s’occupait de tout et dès que prêt, il me rejoindrait avec le nécessaire, bien évidement s’il recevait l’autorisation. Je fît mine d’être impressionné par son sens de l’organisation et retourna dans ma chambre de déglingué. Malheureusement, Antonio ne dû pas recevoir le consentement D’Azvout car il ne revint jamais avec le jeu, fût remplacé et ils ne vécurent pas heureux et n’eurent pas beaucoup d’enfant. C’est dommage, le temps aurait été moins long et sa présence m’aurait sans doute énormément amusé.
A la fin de journée, comme prévu, Caroline vint me chercher pour m’emmener jusqu’au bureau du Docteur, j’en profitai pour lui demandai :
«  - Sandra ne travaille pas aujourd’hui ?
-         c’est une journée de repos pour elle, pourquoi vous préférez sa présence à la mienne ?
-         non pas du tout, je m’inquiète pour mes deux infirmières que j’aime tant.
-         Vous savez on travaille beaucoup et Sandra à besoin de repos en ce moment. Elle est un peu surmenée, mais ne vous en faites pas tout va bien. Je lui dirai que vous vous inquiétez pour elle, ça lui fera sans doute plaisir.
Elle me sourit et me fît signe de l’accompagner. Nous marchions à vive allure. L’entretien ne se ferait pas en tête à tête avec Azvout, je le sentais…
 
 
 
par Hessman
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