Mercredi 27 juin 2007
Quelle ne fût pas ma surprise quand j’entrai dans le bureau. La femme à la tête de fouine et son ami aux gros poings se tenaient debout face au Docteur. Tout le monde se retourna et eut l’air d’apprécier mon arrivée.
«  - Gabriel, laissez-moi vous présenter à nouveau le lieutenant Hermaï et l’agent Trill. »
-         Bonjour Gabriel, Jessica Hermaï, je suis heureuse de vous revoir.
La petite femme me tendit la main en s’avançant vers moi.
-         vous nous avez fais peur la dernière fois, nous regrettons d’avoir eu recours à la force mais vous ne nous avez pas laissé beaucoup de choix.
Pendant que la femme me parlait, je vis mon agresseur faire le tour pour venir me saluer, il se présenta :
-         agent Trill, j’espère que vous ne m’en voulez pas ?
-         non, en quelques sortes vous m’avez sauvé la vie ? lui dis-je ironiquement
-         je n’irais pas jusque là. La voiture n’allait pas si vite. Vous étiez un peu excite, je vous ai simplement calmé  »me dit-il avec de faux regrets dans la voix et un sourire narquois qui m’irrita.
« Toi, attends, un jour j’exploserai ta gueule, c’est promis… » Pensai-je
Après ce protocole de politesse, nous nous installâmes autour du bureau. Le lieutenant Hermaï commença :
«  - nous travaillions en étroite collaboration avec le Docteur Azvout. Déjà, avant toute chose j’aimerais vous faire part de deux informations fondamentales…
Elle sortit de sa sacoche un journal, le déplia et le posa bien en évidence sur le bureau. Incroyable ! Ma photo était en première page de ce journal, le gros titre « sortant d’un coma, il devient un héros ! » était tout aussi peu discret.
En prêtant un peu d’attention, je reconnus l’aéroport, là ou j’avais retrouvé mes esprits. Le lieutenant continua :
«  - et ça, c’est rien, vous avez fait toutes les premières pages de tous les grands quotidiens, les images filmées à la sortie de l’aéroport ont faites le tour des télévisions du monde, autant vous dire que dehors les gens vous attendent.
L’agent Trill reprit la parole :
«  - Azvout, enfin le Docteur Azvout, nous a fais écouter l’enregistrement de vos entretiens. C’est déroutant ce qui vous est arrivé. C’est bien que vous ayez l’ensemble des informations afin de comprendre ce qui se passait pendant votre…léthargie. Donc le Docteur vous avait parlé d’un engin explosif…
-         la bombe placée dans l’avion, bien sur.
-         Grâce à vous, celle-ci n’a pas pu être utilisée, n’est ce pas ?
-         Je ne me souviens de rien mais c’est ce qui s’est passé paraît-il.
-         Vous auriez empêché Delespinois, enfin ce n’est pas très clair mais bon, le fait est qu’il n’a pas actionné son détonateur.
Je n’aimais pas trop le ton que Trill utilisait pour me parler :
-         oui, oui, je suis un héros et j’ai sauvai tout le monde
-         attendez, ça c’est les conclusions rapides. Nous verrons si nos conclusions finales.
Azvout voyant que notre communication était devenue rapidement difficile prit la parole :
-         ne tournons pas autour du pot, Gabriel, ce que veut vous dire l’agent Trill, c’est qu’il n’y a jamais eu de bombe dans l’avion.
-         Attendez, vous m’avez dit le contraire hier !
-         Oui, parce qu’il fallait laisser le temps aux experts de faire leur travail. Il y avait effectivement un engin explosif mais celui était inutilisable.
-         Il a été désamorcé pendant la prise d’otage ?
Le lieutenant Hermaï continua :
-         non, cet engin n’a jamais été utilisable. Imaginé un très gros pétard sans mèche, une voiture sans démarreur. Voilà ce qui a été placé dans l’avion !
-         Ça n’a pas de sens, qu’est ce que dit Delespinois ? demandai-je
-         Autre problème, il ne dit rien.
Reprit Trill et il rajouta :
-         Ce dingue refuse de dire quoi que ce soit. Nous allons passer la vitesse supérieure… »
Trill avait l’air d’être une personne à la patience limitée, sa manière de s’exprimer, ses petites phrases mitraillées m’exaspéraient. C’était le genre de type qui ayant reçu une éducation stricte avec beaucoup de principes débiles d’un père probablement très autoritaire, croit depuis sa plus tendre enfance avoir une mission de justicier sur terre. Que c’est touchant ! Sa présence m’indisposait, si j’avais eu à faire des révélations, j’aurais refusé que ce soit en sa compagnie. Mais je n’avais absolument rien à dire.
La conversation continua comme ça pendant des heures. J’avais l’impression de nous faisions du surplace. Ils me racontèrent deux ou trois fois l’intégralité de la prise d’otage. Et ce en parties fragmentées, une fois par l’un, une fois par l’autre. J’écoutais, je répondais à leurs questions quand cela m’était possible et c’était rare. Il se faisait tard mais ils continuaient. J’avais l’impression qu’ils attendaient que je leur délivre la clé du mystère. Les faits étant parfaitement incohérents, Delespinois silencieux, la dernière solution, c’était moi. Ils faisaient fausse route, il fallait que je leur dise, que je leur fasse comprendre :
«  -   vous savez, je pense avoir bien enregistré cette histoire dans les moindre détails. Je suis aussi stupéfait que vous, mais je n’ai aucune explication à vous apporter. Vraiment je fais mon possible pour me souvenir de quoi que ce soit, la dernière chose dont je me souvienne, c’est mettre endormi après avoir fait connaissance de Jean-Alexandre, c’est tout.
-         vous l’appelez par son prénom ? c’est intéressant…remarqua Trill »
Ce mec avait le don de m’énerver au plus haut point. Ces remarques incessantes, ces commentaires de névrosé et cette tête, cette tête d’enculé…
Je pris tout de même la peine de lui répondre :
«  - Jean-Alexandre Delespinois ! Ca va comme ça ou il faut que je mette encore plus les formes ? Monsieur Jean-Alexandre Delespinois le responsable d’une affaire de détournement d’avion qui a égorgé deux personnes et qui vu ses trois potes tarlouzes se faire péter le carafon après avoir exclamé des incantations dans une langue mystérieuse. Peut être que le mot responsable est suspect dans ma bouche ?
-         ne vous énervé pas Hesse, je ne fais que vous écouter et si ça vous pose un problème de vous faire interroger, j’en ai rien à foutre. »
Ce flic à l’âme pure me répugnait, il profitait de la situation alors qu’il n’était qu’un microbe. Il ne savait pas à qui il avait à faire « mets-toi à genou devant moi insecte !»
Je fus stupéfait par la pensée que je venais d’avoir...
D’autant plus que je me rendis compte que je le dévisageais et vu la frayeur soudaine que je pus lire sur son visage, l’intensité de ma haine devait être facilement perceptible.
Après un court instant de malaise, Azvout rompit le silence :
«  - Jessica, je croit qu’il serait bon d’arrêter là pour ce soir.
-         je suis d’accord docteur, nous sommes tous fatigué, la nuit nous portera conseil, revoyons nous demain. »
Une énergie régénérante m’avait remis brusquement en forme. Cette haine vis à vis de Trill semblait m’avoir nourri. J’en avais assez de perdre mon temps avec ces gens. Une journée supplémentaire dans ma chambre à ne rien faire me serait insupportable. Je laissai Trill et tourna la tête :
«  - Docteur, j’ai été compréhensif et je fais tout ce que je peux pour vous aider, n’est ce pas ?
-         je n’ai jamais dit le contraire Gabriel
-         je ne vous cacherais pas que je commence à en avoir ras le bol. Je passe mes journées à attendre, je suis seul et n’ai aucune compagnie. Quand cet après midi, un de vos employé vous à demandé s’il pouvait faire une partie d’échec avec moi, vous avez refusé !
-         je suis désolé mais il n’est pas habilité pour ça. N’importe qui ne fait pas n’importe quoi ici.
-         Attendez, si vous ne trouvez pas une explication dans les semaines avenirs, je ne vais pas continuer de vivre comme un ermite pendant ce temps là !
-         Je ne suis pas le seul décideur, vous êtes dans ma clinique mais sous un régime très spécial. Votre perte de mémoire justifie votre présence mais vous faites partie intégrante d’une affaire de terrorisme, alors comprenez la situation.
Le lieutenant Hermaî enchaîna :
-         et vous savez Gabriel, par rapport aux conditions d’incarcération de Delespinois, vous dormez dans un trois étoiles et une équipe complète est au petit soin. Lui, son quotidien est tout autre »
Cette comparaison avec ce détraqué provoqua chez moi une colère que je ne pus contenir. Je me levai subitement de mon siège, m’appuya sur le bureau et sans tourner la tête, pointa Trill du doigt qui ne disait mots et m’adressa à Azvout :
«  - comment osez vous me comparer à Delespinois ! Attendez, vous m’expliquez que je ne suis pas loin d’être un prisonnier alors qu’aucune charge n’est retenu contre moi, je n’ai pas d’avocat, je suis traité comme un fou dangereux et dans le même temps vous m’apprenez qu’aux yeux de beaucoup de monde je suis un véritable héros.
-         calmez vous, dans ce genre d’affaire tout est compliqué, je le regrette sincèrement mais nous n’avons pas le choix et vous encore moins. »
Et ce qui devait arriver arriva ! Maintenant j’assumais plus facilement mes nouvelles réactions. J’avais passé toute ma vie à éviter les débordements, les conflits me mettaient mal à l’aise et la violence m’avait toujours horrifié. Mais pour je ne sais quelle raison obscure mais nécessaire, en l’espace de quelques jours mon état d’esprit ou probablement mon esprit simplement avait évolué. Tout ceci avait un sens mais j’étais encore très loin de le saisir…
Une fois qu’Azvout eut fini sa phrase, cette voix qui avait à répétition écorchée mes tympans et que nous n’avions plus entendue depuis un moment réapparut :
«  - Hesse ! Asseyez-vous et taisez-vous maintenant ! » Cria l’agent Trill
Mon regard se dirigea lentement vers la bestiole, mon doigt n’avait cessé de le pointer. Je le tenais en joue. En peu de temps je relus sur son faciès la même peur. J’étais puissant et lui n’était rien.
Je fis un pas pour me retrouver devant lui, je le pris par le col et malgré sa taille et sa carrure imposante, je le levai de son siège et le fis décoller de terre. Le tableau devait être impression. David affirmant une force supérieure à celle de Goliath !
Je le regardais droit dans les yeux, cela était jouissif. Je me délectais de sa frayeur, je me délectais de son impuissance. La scène qui pour moi avait durée le temps nécessaire pour que je puisse l’apprécier avait dû être courte. Après avoir assommé Trill en le lançant contre un mûr qui se situait à deux mètres de là, je fus immobilisé en peu de temps par plusieurs gardiens et perdis connaissance à cause d’une piqûre qu’on m’administra. En repensant cette scène, j‘avais réalisé que face à ce maudit Trill, ma force physique avait été décuplée mais face à ces hommes elle était redevenu normale. Sans doute, ne les détestais-je pas suffisamment…
 
 
par Hessman
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