Le monospace noir ainsi que deux motards en tenue civil nous attendait devant les escaliers de la clinique. Nous continuâmes une discussion à côté du véhicule à propos de ce rendez-vous.
Sendersse et Ferrant qui prenaient le temps de me rassurer en m’expliquant bien ce qu’ils attendaient de l’entrevue, avaient pris les choses en main. Le lieutenant Hermaï légèrement en retrait
avait du mal à cacher son irritation. Elle tripotait nerveusement son téléphone portable et aurait bien voulu réintégrer le groupe mais cela ne faisait pas partie des priorités de nos deux
nouveaux amis. On aurait même pu comprendre le contraire. Ils lui adressaient rarement la parole et n’avaient comme centre d’intérêt que ma personne. J’en étais flatté et cela me remis du baume
au cœur. Enfin on nous prenait pour ce que nous étions !
« - putain mais qu’est ce qu’il fout ce con ! Lança Ferrant agacé d’attendre
- il arrive… lui répondit son collègue chauve très calmement.
Il se tourna vers moi et me dit en souriant :
- Gabriel, votre libération n’est plus qu’une question d’heure. Vous avez déjà perdu beaucoup trop
de temps, tout va rentrer dans l’ordre.
- C’est vrai ? pour ne rien vous cacher, le séjour commençait à être long. Mais je vous en
prie vous pouvez me tutoyer. Lui dis-je tellement il m’était sympathique.
- Non je vous respecte trop, je reste à ma place et vous… »
Il inclina légèrement la tête en avant et on entendit :
« Bientôt serez à la votre »
J’avais été le seul à remarquer qu’il n’avait pas prononcé ces mots, ses lèvres n’avaient pas bougé. C’était d’ailleurs ce qui avait expliqué la discrétion de son geste. Il rouvrit ses yeux d’un
bleu transperçant et me fît comme une sorte de demi clin d’œil.
« Vous nous êtes très agréable, votre dévotion nous touche, vous êtes un bon serviteur » pensais-je sans réfléchir… naturellement.
Azvout descendit les grands escaliers une sacoche à la main. Après s’être excusé, il enfila une veste, s’engouffra dans la voiture et nous le suivîmes.
Le voyage dura aux alentours de deux bonnes heures. Ce type de grand véhicule s’avéra très confortable. Une conversation confrontant Azvout et Ferrant nous occupa une bonne partie du chemin. Ils
n’étaient pas mais absolument pas d’accord sur un thème de psychiatrie qui aurait pu probablement désintéresser un étudiant en la matière tellement ça avait l’air complexe. Certains mots étaient
récurrents, délires psychotiques, inconscient personnel, inconscient collectif… Mots dont on imaginait facilement le sens mais qui replacés dans ce match chaotique relevait plus du combat
d’orgueil que d’un centre d’intérêt commun. Ces termes devenaient aussi obscurs que la discussion qui n’était qu’un amoncellement de détritus scientifiques.
Au bout d’un certain temps, se lassant ou se rendant compte de la lassitude générée autour d’eux, les deux faux frères se tuent. Ce calme fût un véritable ravissement. Après un court instant,
Ferrant qui était juste devant moi se retourna et d’une manière identique, sans ouvrir la bouche fit entendre le son de sa voix :
« - nous sommes bientôt arrivés. La rencontre va avoir enfin avoir lieu »
Son sourire d’acteur américain conclu cette phrase, il reprit sa position initiale. Ces étranges interventions continuaient de me surprendre mais il n’y avait plus d’inquiétudes de ma part,
c’était ainsi…
Ce face à face, nous l’attendions !
Je percevais bien plus qu’une simple confrontation avec Delespinois. Cette échéance était programmée. Par qui, par quoi, je n’en avais aucune idée mais ce dont j’étais sur, était qu’il allait se
passer un évènement majeur.