Mercredi 4 juillet 2007
Les deux motards qui nous escortaient s’arrêtèrent à l’entrée de ce qui allait se révéler être une véritable base militaire. Nous fûmes contrôlés individuellement à deux reprises et avant que nous puissions quitter le véhicule et marcher jusqu'à notre rendez-vous, plusieurs militaires inspectèrent le monospace de façon méticuleuse. Il régnait une atmosphère froide et tendue. On pouvait aisément imaginer le genre de prisonnier qui avait droit à ce traitement de faveur. Les dossiers les plus délicats comme probablement les mafieux, tout ce qui devait tourner autour des secrets d’état, de la politique internationale et bien sûr les terroristes. Mais je pense que l’activité de cette base ne se limitait pas à la détention mais cela ne m’importait peu. Avant cette journée je n’avais jamais imaginé qu’il y avait dans mon pays des endroits comme celui là. Je pensais naïvement que cela n’existait qu’à la télévision ou à l’étranger. Le camp de détention se situait à l’écart de tout, dans une zone bien isolée. Il était immense et se composait de plusieurs bâtiments de petites tailles et d’un énorme au centre. Le bâtiment principal était absolument horrible. De l’extérieur il se résumait à quatre murs gigantesques sans fenêtre d’un gris clair me rappelant des images de prisons de l’est. Nous avions pour nous le temps qu’il faisait ce jour là. Ce ciel bleu sans l’ombre d’un nuage rendait probablement l’ambiance moins austère qu’à l’accoutumer. Nous nous dirigeâmes vers l’entrée principale, beaucoup de monde circulait : des personnes en tenue civile et d’autre avec différentes tenues militaires. On nous avait remis des badges personnalisés dès le premier franchissement de point de contrôle. Il devait être de circonstance de garder un silence olympien. Pendant les trajets à pied dans le camp, aucun d’entre nous ne parlait et les gens que l’on croisait étaient eux aussi très discrets. Des cameras étaient visibles à peu près tous les dix mètres. Le bruit de leur mécanisme d’automatisation bien qu’infime me parvenait. J’en entendais même beaucoup, elles étaient en perpétuelle mouvement ou du moins ne restaient immobiles que très rarement. Ferrant vint à ma hauteur en souriant et me dit d’un ton amusé :
«  - vous entendez le chant des cigales…
Il marqua un silence et reprit :
-         tendez l’oreille, vous entendrez celui des fourmis. »
Il me fît un signe de la tête me montrant un bâtiment devant lequel on passa. Je le regardai avec plus d’attention et avec un léger effort de concentration entendit des voix à l’intérieur. Mon bras fût tiré en arrière, c’était Hermaï qui voulait me parler :
«  - peu de civil viennent ici, je vous demanderez de ne pas en parler à l’avenir. Cette zone est particulière et les détenus ne le sont pas moins.
J’en profitai pour lui demander :
-         mais justement qui sont les détenus ?
-         moins on en sait mieux on se porte Gabriel.
J’avais vraiment l’impression qu’elle me parlait comme une institutrice parle à un enfant.
« Va te faire enculer grosse pute, je pisse sur ta face de rat ! » pensais-je furtivement.
Son visage fît une grimace, elle dut certainement remarquer que sa réponse ne m’avait pas beaucoup plus.
Plusieurs militaires vinrent avec de petits appareils en main. Le premier homme passa sa machine à infrarouge sur le badge de Sendersse. Après avoir jeté un coup d’œil rapide sur le résultat dis :
«  - mes respects mon commandant ! »
Un autre homme effectua le même geste sur celui de Ferrant :
« Mes respects mon capitaine ! »
Les soldats continuèrent leur contrôle. J’appris qu’Azvout en plus d’être médecin avait également le grade de capitaine. Je fus le dernier. Le « bonjour monsieur » auquel j’eu droit me laissa un goût amer. Cela me rappela ma condition de simple civil au milieu de cette situation singulière. Sendersse le remarqua tout de suite et me dit :
«  Vous êtes le seul héros parmi nous. Sans vous, aujourd’hui serait un jour sans importance. » Il me fît un de ses demi clin d’œil dont il avait le secret et nous reprîmes notre chemin.
Nous eûmes droit à plusieurs portiques de sécurité. Décidément ils n’avaient pas fait les choses à moitié. Les dispositifs de surveillance et de sécurité étaient remarquables, ils paraissaient très sophistiqués.
Nous étions enfin à l’intérieur de la forteresse. Cela ressemblait à une prison futuriste. A peu près toutes les cinq minutes après avoir arpenté de longs couloirs, nous franchissions des portes qui nécessitaient des codes. Deux gardes armés nous avaient rejoins, ils s’occupaient de nous mener à notre destination. L’atmosphère était devenu ultra pesante ! Je percevais une concentration intense de la part de Ferrant et de Sendersse. Azvout et Hermaï comme moi se laissaient guidés. La marche à travers ces lieux inconnus dura un bon quart d’heure. Au bout d’un autre grand couloir juste derrière une porte vitrée, j’aperçu deux soldats qui montaient la garde. Nous arrivions à notre objectif.
Les deux gardes qui nous accompagnaient venaient en fait prendre la relève. Les quatre hommes échangèrent quelques phrases qui ne retinrent pas mon attention. J’étais impressionné par le spectacle : dans une grande salle toute blanche et très bien éclairée il y avait une table et derrière cette table une porte métallique. Jean-Alexandre Delespinois était là ! Je ne pouvais pas le voir mais je ressentais sa présence et cela me procurait un immense bien être. Je ressentais encore plus intensément cette sensation que j’avais déjà eue quand nous nous étions croisés dans ce rêve délirant dans l’aéroport. Il avait été la seule source de vie et de réconfort dans ce lieu déshumanisé. Et cette fois encore, lui seul n’avait d’importance…
J’entendis la porte vitrée se refermer. Les deux soldats relevés venaient de repartir. Sendersse murmura à l’oreille d’un des gardes. Celui-ci sortit de son étui un revolver et lui tendit. Hermaï intrigué lui demanda :
«  - êtes vous sur de ne pas trop en faire, il est seul et nous sommes cinq. Si nous voulons avoir un temps soit peu sa confiance il faudra à mon sens éviter ce genre de démonstration.
- de quelle confiance parlez-vous, il n’a pas prononcé un seul mot depuis son arrivée ! »
Sendersse tourna l’arme et présenta la crosse à Hermaï. Soupirant, elle ne cacha pas son agacement. Elle tendit la main et empoigna le revolver. A l’instant où l’arme fût en contact avec les deux paumes, d’un geste rapide, Sendersse mit son autre main sur celle du lieutenant, tourna la prise et tira. La balle alla se loger en plein dans le crane d’Azvout qui tomba raide au sol laissant une longue giclé de sang sur le mur. Lâchant prise, Hermaï se retrouva terrorisée avec l’arme à la main. Avant qu’elle ne pu émettre un quelconque hurlement face à ce carnage, Ferrant lui envoya un coup de poing extrêmement rapide et violent à la gorge. Je pus entendre distinctement le bruit de l’os se rompre. Elle tomba les deux mains à la hauteur de son coup. La scène se déroula si vite que je n’eu le temps de réaliser. Quelques secondes plus tard, au moment où je commençai de ressentir l’effroi causé par l’évènement, la voix de Delespinois retentit en moi :
« N’ai crainte, tout cela était prévu et nous le savions, nous le savions… »
La peur et l’excitation disparurent instantanément.
La scène qui suivit fut autant extraordinaire qu’épouvantable : après de longs et gros râlements, Jessica Hermaï s’éteignit dans d’horribles sifflements. Du sang sorti de sa bouche coulait sur le sol carrelé. Un des deux soldats resta immobile tendis que l’autre alla ouvrir la porte en métal qui cachait Delespinois. Il se tenait debout derrière celle-ci. J’avais l’impression qu’il me contemplait avant même que la porte fût ouverte. Je ressentais sa joie et son impatience au plus profond de moi…
Nous nous retrouvions !
par Hessman
ajouter un commentaire commentaires (0)    recommander

Commentaires

Aucun commentaire pour cet article

Présentation

Créer un Blog

Recherche

Calendrier

Mai 2008
L M M J V S D
      1 2 3 4
5 6 7 8 9 10 11
12 13 14 15 16 17 18
19 20 21 22 23 24 25
26 27 28 29 30 31  
<< < > >>
blog société sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur avec TF1 Network - Signaler un abus