Les immenses portes du palais s’ouvrir lentement laissant sortir une fumée multicolore. Des rayons pénétrèrent la nuit, tranchèrent l’obscurité comme des lames étincelantes. Pendant que ce
nouveau spectacle avait lieu, les Estrèdes se réanimèrent. Ils redevinrent des êtres d’aire, des êtres de vent. Les quatre tourbillons se rapprochèrent de Jean-Alexandre qui était toujours au
sol. Je ne savais pas s’il était encore conscient. Tout le monde s’écarta, ils s’unirent sur lui et gagnèrent encore en intensité. Son corps s’éleva du sol, les bras, les jambes tombant. Il était
inanimé, ses yeux étaient clos et il n’y avait plus aucune expression sur son visage mais je savais qu’il était encore parmis nous.
Son corps doucement se retourna en l’air. Ils l’emmenaient à l’intérieur du palais.
Kourâne qui avait les mains dans le dos me fît signe du regard et se positionna face à moi. Me souriant, il me les tendit et ajouta :
« - pas de peine, pas de crainte, c’est un instant que nous avons tous attendu, vous allez nous revenir serviteur, venez… »
Il me tendit des lors la main. Je lui offris la mienne, lui rendis son sourire et nous suivîmes l’incroyable cortège.
Je connaissais le palais, j’y étais déjà venu, c’était ici que j’avais semé le plaisir et la mort. De l’extérieur sa taille de grande forteresse était impressionnante mais cela n’était rien en
comparaison au sentiment d’immensité que j’avais maintenant à l’intérieur. Des colonnes dignes de celles qui existaient dans les représentations antiques de Rome entouraient l’incroyable entrée.
Cette pièce pouvait facilement contenir l’intégralité des gens présent pour cette cérémonie. La vision spectrale de Jean-Alexandre flottant dans les aires au loin donnait la direction. Kourâne me
tenait la main, nous nous dirigions vers une autre salle. En traversant, des images par intermittence me revinrent à l’esprit : je me revoyais en train de la pénétrer de toutes mes forces,
d’aller au plus profond d’elle, j’avais aimé ce moment, j’avais aimé cet endroit. Les couleurs vives des murs, des représentations contrastaient avec le sol blanc, propre, lisse comme une étendue
de glace.
Il n’y avait aucune source de lumière, pas de feu, pas de torche, tout était lumière ou plutôt tout était lumineux. Le passage au sanctuaire en forme d’arche aurait pu permettre à un géant d’y
accéder sans se baisser. Une certaine gravité régnait, la marche était assez lente.
En me rapprochant, je distinguais de mieux en mieux cette salle. Elle n’y avait aucune comparaison avec ce qui m’avait été donné de voir. Cela me faisait penser à un gigantesque dôme de pierre.
Le plafond arrondi, vu la dimension, me procurait une sensation étrange, une sensation d’importance. Chaque personne devait se sentir le noyau de cette salle et cela n’était pas un hasard.
Entrant plus profondément, la puissance de l’édifice se révélait à chacun.
Arrivé au centre, le corps redescendit des airs pour être déposé au sol, la quatre Estrèdes se divisèrent et se positionnèrent pour former un carré. Au milieu le messager restait agonisant.
Kourâne accéléra la cadence et m’emmena à environ dix mètres. Il me murmura :
« - nous y sommes… »
La circonférence des Estrèdes diminua et un fin rideau de vent les reliant et entourant le messager se forma. Sa voix résonna avec douceur dans mon esprit :
« - l’heure de notre renaissance est arrivée, que notre division cesse… »
La foule entourait ce spectacle, Kourâne me lâcha la main. Je ressentis une attraction irrésistible. Devenu acteur et spectateur, je ne me contrôlais plus. Je me dirigeai vers ma destinée dans un
état de conscience absolu mais étrange. Je marquai un temps d’arrêt devant ce rideau de vent ondulant. Le corps gisant à terre me paraissait légèrement flou. Je franchis cet espace délimité…
Soudainement ce qui était à l’extérieur disparut, la luminosité devint intense. Les parois de ce cube n’étaient qu’un brouillard épais, j’avais retrouvé mon apparence originelle et mon esprit
traversé de flashs incessants, j’étais à nouveau Bicabarel !
Une voix d’une gravité profonde résonna :
« - Bicabarel, achèves ta Bachoa !… »
Me tenant à ces pieds, je me laissai tomber à genoux, me retrouvant ainsi sur lui. J’entendais son souffle court, ces longs cheveux blonds étaient étalés en désordre sur le sol et son visage
d’une extrême pâleur me sourit. Ces yeux s’ouvrirent à moitié, il ressemblait à un ange. Des larmes coulèrent sur ces joues, il réussit à me dire :
« - malgré la douleur présente et avenir, ce sont des larmes de bonheur… »
Il referma ses yeux, mes mains lui entourèrent la gorge et exercèrent une pression de plus en plus forte. Nos deux corps s’étincelèrent. Plus je serrai, plus la brillance devenait éclatante. Des
millions de particules brillantes reliaient nos deux corps, je serrais de plus en plus fort, de plus en plus fort. Nos deux corps exultaient, nos deux corps brûlaient de l’intérieur. Il
s’éteignait pour revenir à sa place, je m’éteignais pour redevenir, pour devenir, pour être…je ne pus contenir un beuglement d’une puissance indicible…j’étais !
Un flux magnétique parcouru mon corps, mon cris de bête devint puissance. Les parois vaporeuses partirent en éclats, les Estrèdes avec elles.
Je rouvris les yeux, j’étais au milieu d’une légion de la source, je les voyais maintenant comme ils étaient, guerriers, combattants tous plus magnifiques les uns que les autres. Dès lors, Je
savais ce qu’ils attendaient :
« - moi, Bicabarel l, je vous salue et vous respecte,…mes enfants.
Mon rire accapara tout l’espace.
- Je vous guiderai et vous donnerai la puissance en vous transmettant l’essence, l’essence… »
Les bras en avant j’invoquai, je l’invoquai :
« - source, nourris les, nourris moi, fais de moi le passage, je suis ton serviteur… »
Une nouvelle sphère bleutée apparue mais cette fois-ci, rapidement sa taille fût gigantesque, tous mes enfants en avaient besoin. En deux mouvements rapides et saccadés mes bras se croisèrent et
se décroisèrent. La sphère éclata en chacun d’entre nous.
« - Ah ! Me voilà de retour. Je contribuerai à maintenir l’équilibre, je prendrai toute vie voulant influer sur l’équilibre, je damnerai les êtres aux pensées subversives. La source
restera dans cet équilibre et ce à jamais, à jamais ! À jamais… »