Samedi 21 juillet 2007
Cette douleur au dos me donnait envie d’hurler, hurler d’impatience, qu’elle s’en aille, qu’elle me laisse tranquille, elle ne faisait pas partie de moi. Elle avait au moins l’intérêt d’occuper mes pensées. Mais cela faisait quand même trois jours qu’elle me tenait compagnie. Je restais allongé sur mon lit, regardant la télévision. De toute façon je n’avais que ça à faire, regarder la télévision, croupir dans ma cellule à regarder mon amie la télévision. J’étais pénard depuis plus d’un mois, plus de compagnon de chambre, plus de déglingué, plus de débile tordu. Cette solitude, ce calme, je le préférais à toutes les présences humaines auxquelles j’avais eu droit jusqu’à maintenant. Cela n’allait pas durer, je n’étais pas un privilégier, je ne l’avais jamais été et je ne le serai probablement jamais. Ma vie avait été une série d’erreurs : j’étais né au sein d’une famille ultra catholique et surtout ultra pratiquante. Après quelle que soit la religion c’est la manière de la pratiquer qui peut compliquer les choses. Ils ne s’arrêtaient jamais. Entre toutes les messes, et ils n’en loupaient aucune, la religiosité restait le pilier principal, les fondations de notre famille. Leur quête spirituelle n’avait de cesse et je constatais même une progression dans l’austérité. Et pour ça ils étaient très forts !
J’avais probablement été leur première sentence divine à ces idiots. Ils avaient écopé d’un fils unique fou. Ils ne l’avaient pas vu arrivé. Je ne les avais jamais revu depuis que j’étais enfermé comme un insecte dans une boite d’allumette. Je pense que dans leur esprit j’étais le mal incarné, une bête. Pourtant leur religion leur imposait ou plutôt leur proposait le pardon mais quand les choses deviennent graves, on oublie facilement ses principes de vie, ses principes d’amour…
Je ne leur en voulais pas, je crois que moi, je leur avais pardonné et je n’avais pas besoin de me référer à qui ou à quoi que ce soit pour ça.
Des fautes j’en avais commise en pagaille, dans tous les sens, partout ou j’allais. Mais je ne les avais pas faites seul, non loin de là !
 J’avais à l’époque toute une série d’amis, enfin de compagnons imaginaires et ce depuis ma jeune adolescence, peut être même plus tôt mais je ne m’en souvenais plus. Ma relation avec ces gugusses avait connue beaucoup de changements et j’avais beaucoup changé parallèlement à cette relation.
Cette évolution, mes parents n’avaient pas su y faire face. Non, ils n’y étaient pas prêt…D’ailleurs des parents peuvent t’ils faire face à la démence de leur enfant ?
Là ou je me rendais compte à quel point j’étais cinglé, c’est que je n avais jamais été sur de l’être vraiment, si ce n’est pas très clair, je vous rassure ça ne l’était pas du tout pour moi non plus.
Donc j’avais navigué durant toute mon enfance entre un monde parentale stricte et austère et un monde personnel complètement délirant. Cette situation, je l’avais géré depuis toujours tout seul comme un grand. Quand on a une dizaine d’année et que l’on doit faire face à un problème que même un vieux philosophe doté d’une sagesse immense ne pourrait assumer, la vie devient très très dure, on finit dans le mûr.
C’était ce qui m’était arrivé, j’avais finit à quinze ans entre quatre mûrs et ça faisait quinze ans que ça durait. Je me demandais souvent pourquoi. ? Qu’avais-je fais pour mériter ça ? Peut être mes parents avaient t-ils raison, peut être étais-je une bête, un homme mauvais…
Enfin bon ou mauvais j’étais encore vivant et ce n’était pas que j’avais envie de me racheter mais j’avais malgré mon existence de merde envie de vivre, de vivre normalement et tant que j’aurais cet espoir, je serais là !
Je changeai de position afin de calmer et peut être même d’oublier cette gêne. Mon poste de télévision faisait cinquante cinq centimètres de diagonal, autant dire il fallait le regarder de très près pour se croire au cinéma. Je l’avais placé sur un tabouret tout près de ma tête et ça me collait des migraines pas possibles au bout d’un certain temps mais je m’en moquais ; j’avais l’impression d’être ailleurs, de ne plus être dans cet endroit que je ne connaissais que trop bien. J’avais toujours préféré cette illusion ponctuelle à la réalité de la prison ou aux hallucinations de ma jeunesse. Quand il m’arrivait d’y repenser, si l’on m’avait demandé de choisir entre ces deux enfers, j’aurais probablement préféré rester détenu plus que de redevenir fou. C’était beaucoup moins excitant et plus ennuyeux mais je me sentais moins mal.
La chose la plus dingue et de loin, c’était que l’on ne m’avait jamais reconnu comme déséquilibré, je n’étais jamais allé dans un asile psychiatrique et aucun traitement ne m’avait été administré. Pourtant à l’époque des faits, de nombreux interrogatoires avaient eu lieu, j’étais passé entre les mains de spécialistes de tout genre mais rien n’y avait fait, pour eux j’étais une personne violente qui avait franchi les limites…
par Hessman
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