Vendredi 17 août 2007
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Comme tous les matins un des gardiens vint me réveiller :
« Joshua, c’est l’heure, il fait beau, il fait chaud, tout va bien, vive la vie ! » dis Rudy d’un ton faussement euphorique, puis j’entendis son rire. Rudy était un des gardiens
que j’appréciais le plus, c’était quasiment un ami. Il était toujours d’humeur égale et ces sarcasmes me divertissaient plus qu’autre chose. Il n’était pas méchant, simplement un peu lourd. Mais
là en plus il n’avait pas menti, en regardant à travers ma fenêtre je vis que la journée allait être magnifique. Au bout de quelques minutes, je compris que mon mal de dos avait enfin disparut.
Si une activité sportive était organisée je pourrais donc y participer pleinement. Il y a des matins comme celui là ou l’on sait que de bonnes choses nous attendent. Après la fin du rituel
quotidien qui se résumait à faire toutes les tâches que tout le monde fait tous les matins ; c’est à dire s’habiller, bon ici nous mettions une jolie tenue de prisonnier, se laver, ici
c’était douche collective et ranger sa chambre, nous rangions notre cellule, nous fûmes conduit à la salle à manger, enfin dans cette immense cantine. Seul ceux qui avaient un comportement
civilisé pouvaient prendre leur repas dans cet espace. Cela me permettait de faire des rencontres et de ne pas regretter de vivre seul dans ma cellule. Je n’avais guère d’amis parmi les détenus.
Leur sujet de conversation pour la plupart tournait toujours autour du sexe, de la drogue, des bagarres et d’autres exploits réalisés à l’extérieur de la prison. Tous en faisaient beaucoup trop,
probablement pour que l’on ne décèle pas leur peur ou leur détresse. Même les vrais méchants, les vrais caïds me laissaient de marbre. Je ressentais en eux une telle envie de prouver qu’il
m’était difficile de percevoir leur humanité. De toute façon je ne les intéressais pas non plus. Personne ne se battait pour déjeuner à mes côtés. Je ne parlais pas beaucoup, je n’en ressentais
pas le besoin. J’aimais tellement écouter les gens, essayer de les comprendre dans leur peine, de les suivre dans leurs excitations et certaines fois de me délecter de leur joie. Mais cela
n’était possible qu’à de rares moments, une fraction de seconde ou l’homme baissait la garde, laissait tombait son bouclier, finalement redevenait homme.
Les autres prisonniers paraissaient me respecter parce qu’ils ne voyaient aucun adversaire en moi. Je n’étais probablement à leurs yeux qu’un mec bizarre mais gentil, non pas gentil car ça
c’était une vraie faiblesse en prison la gentillesse, non, bizarre et qui n’avait pas un instinct de prédateur. C’était une vision qui ne me déplaisait pas, j’étais bizarre et inoffensif. Pour un
meurtrier ça n’était pas glorieux mais moi ça me convenait tout à fait.
Nous étions donc attablés, j’étais entouré que de visage que je connaissais parfaitement. Lucas un des prisonniers était assis en face de moi. Il n’avait de cesse de parler, de tout et de
n’importe quoi. Son bouclier c’était ça, parler pour ne rien exprimer, parler pour se cacher derrière des colonnes de mots. Mais je l’aimais bien, il avait un visage jovial, un peu grimaçant mais
jovial. Ce qu’il disait captivait l’attention des autres, personne ne lui répondait, il effectuait de longs monologues. Moi je ne l’écoutais pas, de toute manière qu’on l’écoute ou pas ne
changeait rien, il parlait :
« Je lui dis : viens avec moi, je te jure tu ne vas pas le regretter. Elle me regarde et dis comme ça si si je vous jure : à ouais et qu’est ce qui me dit que je dois te suivre
Lulu. Et là je vous jure, je baisse mon pantalon, je sors le merdier et je lui montre en disant : tiens elle est à toi. Alors au début elle a eu l’air un peu choqué et là je vous jure, elle
s’est avancé en fixant ma bite et rien que son regard m’a fait bander comme un orang-outan. Et là, putain je vous jure, elle m’a taillé une pipe mais je vous jure une pipe qui rendrait jaloux
cherlok Holmes. Vas-y qu’elle m’a pompé et elle aimait ça la garce et je vous jure elle a tout pris dans le bec, je vous jure jusqu'à la dernière goutte. »
Pour une fois que je prêtais attention à ce qu’il disait, nous avions eu droit à un récit de très haute voltige. Pensez que Lucas était un mythomane était une perte de temps, c’était une évidence
tellement ce qu’il racontait sonnait faux mais tout le monde semblait s’en moquer. Quelqu’un parlait et ça comblait un vide. Ce jour là Lucas voulu pour je ne sais quelle raison me faire
participer à son histoire imaginaire :
« - tu sais Joshua comme quand t’as l’impression que la nana elle fait le ménage, elle veut laisser la place propre après son passage
- non je ne sais pas
- mais si quand elle y va à fond et que même après elle continu et que toi tu te demandes ce
qu’elle veut et qu’après tu comprends
- je suis désolé mais je ne sais pas
- putain je te jure, t’es vraiment un extraterrestre toi. On pourrait croire que t’as jamais
touché une nana, putain je te jure
- je n’en ai jamais touché…
- putain je te jure je… Quoi !
- je n’ai jamais fais l’amour avec une femme
Tous les regards se tournèrent vers moi. Leur assiette ne les intéressait plus. Une phrase simple venait de compliquer la discussion. Je ne comprenais pas bien ce qu’il y avait de mal, j’avais eu
l’impression de faire offense à l’ensemble de la gente masculine planétaire.
« - un jour viendra cela se fera mais aujourd’hui je ne suis pas en mesure de comprendre ton histoire Lucas. »
Je lui souris affectueusement afin de lui faire partager un peu de mon innocence. Lucas ajouta :
« - putain je te jure… »
Après notre conversation fût interrompue car nous devions regagner nos cellules. Cette matinée là je repensai beaucoup à ce petit déjeuner. C’était la première fois que j’évoquai ma sexualité et
à priori cela avait surpris beaucoup de monde. Cela me rendit très curieux, il était peut être temps que je sorte et que je découvre le monde…