Mercredi 24 octobre 2007
Ce qu’il y avait de pire en prison, c’était toutes ces journées totalement dépourvues de surprises. Les jours défilaient avec extrêmement de lenteur et je ne recevais de visites ou de lettres. Mes parents ne m’avaient jamais envoyé une lettre, une simple lettre.
Le reste de ma famille avait dû être converti à cette nouvelle religion également, l’oubli.
Je savais qu’en moi un vide immense existait, j’avais appris à vivre avec. Il ne générait aucune haine mais il était juste là et il avait bien plus d’importance que mon désert sexuel. Quoiqu’en y repensant tout était probablement lié…
Une nuit supplémentaire se présentait, j’étais allongé comme chaque soirée sur mon lit, réfléchissant… De temps en temps déconcentré par un programme télé. Ce soir là, n’ayant été séduit par aucune émission, mon attention s’échappa au travers des barreaux de la fenêtre. Confortablement installé, la lune me fît don d’un spectacle extraordinaire. Cette lueur insaisissable paraissait m’hypnotiser, je la contemplais en rêvassant. Un dialogue muet et dépourvu de sens prenait forme. Un dialogue, que dis-je une communion. Nos énergies s’entremêlèrent et me mirent dans une sorte d’état second. Ma vision se troubla et lentement je ne perçu plus les sons environnants. Mon enveloppe charnelle n’était plus, seul mon esprit demeurait. Je n’avais plus besoin de volumes, de profondeurs, de repères. D’ailleurs le « je » faisait partie d’un tout, d’une harmonie dans laquelle ma place était naturelle, non était. Cet état m’apporta immensément de bien être, de douceur, de quiétude. Cet ensemble auquel j’appartenais maintenant me révéla. Ce fût une illumination. Ce moment détaché de tout et même du temps m’apportait, m’apportait bien plus que tout ce que j’aurais pût imaginer précédemment. Progressivement je revins, le trouble visuel reprit sens, les échos maintenant perceptibles semblaient se rapprocher. Calmement l’atterrissage s’effectua. Je n’avais pas rêvé, mes yeux étaient restés ouverts et je ne ressentais aucunes des sensations dû généralement à un réveil. J’étais parti et revenu, voilà tout. Où et pourquoi, cela n’avait pas d’importance. Le souvenir seul resterait.
Je remarquai que le téléviseur était encore allumé mais qu’il n’y avait plus aucune diffusion : il était cinq heures et demie du matin ! Huit heures s’étaient écoulé. Ce que j’aurais évalué aux alentours de cinq à dix minutes avait réellement duré huit heures. Quel phénomène étrange…
 
par Hessman
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