Il restait silencieux, lisant ce dossier qu’il devait maintenant connaître par cœur. Mr Darez ou gros dard comme l’appelait Rudy referma ce chef-d’œuvre intitulé Joshua BLEX.
« - Ils ont décidé de vous réinsérer dans la société par étape. »
Il me sourit et reprit :
« Vous allez déjà intégrer pour une période indéfini un institut spécialisé afin de faire un bilan. »
Je ne pus contenir une légère colère. Apres quinze années de prison pour un soit disant homicide non élucidé, des gens sûrement différents de ceux qui trônaient à l’époque s’étaient enfin
réveilles pour me faire rencontrer des psys. Darez n’osait même pas prononcer l’adjectif psychiatrique.
« - un bilan psychiatrique Mr DAREZ»
Il changea de regard et dit avec beaucoup de gêne :
« - oui c est cela, un bilan psychiatrique »
Ou sans doute pour différentes raisons avaient-ils rangé mon dossier dans un placard pour être sur de ne pas le retrouver trop tôt jusqu'à ce que enfin des personnes courageuses culpabilisant de
ne rien faire décident de nettoyer la poussière qu’il y avait dessus !
Je n’avais pas spécialement d’amitié pour DAREZ, parler aurait très vite sonné creux ou sonné faux. Il ne m’appréciait pas spécialement non plus. La rencontre ne se prolongea pas. Il aurait je
pense voulu sortir quelques phrases inoubliables commençant par : « vous savez Joshua … » Et finissant par « jamais trop tard pour retrouvé la route » mais il me fit
cadeau de ce mistral inutile. Il m’expliqua les procédures de départ et nous nous serrâmes la main. Je le quittai sans éprouver à son égard une quelconque animosité, il n’était pas responsable de
mon tiers de vie gâché. Je n’en voulais à personne, finalement surtout pas aux autres.
Tout s’enchaîna rapidement. En une fraction de temps, je me retrouvais prêt à quitter les lieux. J’éprouvai bizarrement une certaine tristesse à partir. On s’attache probablement à tout, même à
un chien qui nous a mordu…
Un premier pas, oui c’est ça j’allais réapprendre à marcher, tel le nouveau née sortant de son berceau. Etape après étape comme venait de me l’expliquer gros dard. L’accouchement avait été long,
pénible et douloureux, surtout pour moi. J’y avais perdu l’ensemble de ma famille ou plutôt… non je devais arrêter d’y penser. J’allais laisser dans cette prison toutes mes tristesses et surtout
beaucoup de souvenirs. Souvenirs de ces quinze années de détention et les quinze autres qui les précédaient. Inconsciemment je portai la main sur la poche arrière de mon pantalon. J’avais rangé
là l’enveloppe que m’avait donné Rudy, « Mr Lowbo j’espère que vous n’allez pas oublié vos paroles car moi, après, je n’aurai plus que vous ! » pensais-je.
Je partis un peu triste de n’avoir pu recroiser Rudy mais peut être n’avait-il pas envie de cette scène non pas d’adieu mais d’au revoir…
Une fois installé dans le véhicule, j’eu une légère sensation désagréable : j’étais nerveux, je quittais tout ce que je connaissais pour aller vers une direction inconnue, la liberté me
faisait-elle peur ?
Je me raisonnai en revenant à des faits concrets. On m’emmenait dans un centre psychiatrique, je n’étais pas encore libre. Avec ma chance habituelle, les médecins pouvaient me trouvé encore assez
fêlé pour me garder pendant quinze autres années.
Non, j’étais impatient de voler de mes propres ailes, de découvrir ce que la vie avait à me proposer. Le marasme avait assez duré, je devais m’expatrier vers le monde libre, vers une autre vie,
je me le devais…